San Francisco s'éveille (5/6)

Urbanisme photogénique

CHRONIQUE. Silicon Valley, Flower Power, Peace & Love, Summer of Love: autant d’expressions emblématiques qui renvoient à San Francisco. Une ville qui n’a toutefois pas moins de problèmes que les autres métropoles américaines

«Le Temps» propose une opération spéciale en racontant, depuis San Francisco, les innovations à venir dans les domaines scientifiques, technologiques ou culturels. Nos seize journalistes, vidéastes, photographes et dessinateur parcourent la ville, la Silicon Valley et la Californie pour découvrir les nouvelles tendances au cœur de ce laboratoire mondial de l’innovation.

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J’appartiens sans aucun doute à la catégorie des gens qui préfèrent de loin la nature sauvage aux paysages urbains. Cependant, sur cette terre, bien des endroits dessinés par la main de l’homme font sur moi le même effet qu’un panorama des Alpes ou l’océan à l’assaut des rochers escarpés.

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San Francisco en fera désormais partie. Il y a, dans son urbanisme pourtant dense, une harmonie photogénique. Une entente secrète entre la verticalité vertigineuse et la ligne d’horizon sereine. Un changement de perspective aguichant qu’offre à tout moment son relief vallonné.

Ce découpage de formes et de volumes, qui n’attend qu’un cadrage parfait, est une attraction touristique en soi, au même titre que le Golden Gate ou le Cable Car.

Un jour, alors que je remontais l’une des nombreuses pentes du centre-ville, j’ai observé deux passionnés de photo, que j’ai d’abord pris pour des originaux, s’amuser à un exercice étrange. Au feu vert, ils ne traversaient pas la rue avec les autres piétons. Ils s’élançaient jusqu’au milieu et y restaient un bref instant avant que les voitures démarrent, pointant frénétiquement leur objectif en direction de quelque chose que je n’ai pas pu voir, interloquée par leur comportement. J’ai donc retraversé la rue dans l’autre sens, en imitant les photographes motivés – et cette fois, moi aussi je suis restée au milieu, médusée.

La route qui captait leur attention faisait une plongée spectaculaire entre les gratte-ciel. Et quelque chose dans les lignes de fuite convergentes, dans le contraste entre le rouge de la voie tramway et le bleu éclatant du ciel, faisait de cet endroit une image cinématographique. Au feu vert suivant, j’ai retraversé la rue, une troisième fois, pour garder une copie sur mon appareil.

Qu’on fasse des photos ou pas, ce qui rend une promenade à San Francisco unique, c’est ce jeu amusant à la découverte de points de vue à couper le souffle – surtout quand il faut grimper – que la ville du Golden Gate partage si généreusement. Le pont rouge se révèle sous n’importe quel angle un modèle à la géométrie irréprochable. Création du génie technique, il semble pourtant faire partie des éléments qu’il a dominés. Le brouillard le revêt d’un paréo vaporeux pour le mettre en valeur et l’océan lui-même soigne une composition magistrale.

Je ne prône surtout pas la construction de ponts et de gratte-ciel dans les rares coins préservés de la planète, mais si l’homme intervient sur le paysage naturel, qu’il le fasse ainsi, avec une maîtrise des perspectives, en créant une œuvre digne d’une carte postale sublime.

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