Le football comme opium du peuple, et la bière à flots pour oublier la laideur des villes et l'abrutissement du travail: les clichés sur le nord de l'Angleterre ont la vie dure. Mais ils datent sérieusement. De Newcastle à Liverpool, une nouvelle identité se fait jour: la culture.

Meurtries par l'histoire mais combatives, les populations urbaines du berceau de l'industrie capitaliste se rebiffent aujourd'hui, en embrassant une étonnante passion pour l'art, sous ses formes les plus diverses. L'architecture y occupe une place importante, parce qu'elle redéfinit un espace ravagé par la guerre, le productivisme et des décennies de rafistolage incohérent. Mais la musique, les arts plastiques, la mémoire, le théâtre, le cinéma et les disciplines nouvelles nées d'Internet s'immiscent avec autorité et conviction dans la vie quotidienne de cités transfigurées – ou qui aspirent à l'être, comme Liverpool, désignée capitale européenne de la culture 2008, une victoire célébrée davantage que s'il s'agissait de l'obtention des Jeux olympiques.

Cette culture ne sort pas de nulle part. Elle est d'abord la résurgence d'une richesse parfois oubliée – Liverpool ne possède-t-elle pas, entre autres trésors, le troisième plus ancien orchestre philharmonique au monde, et l'une des plus grandes collections privées d'Europe? Et Manchester puise dans l'œuvre de son plus célèbre fils, le peintre L.S. Lowry, pour décliner l'art dans un centre culturel ambitieux et ultramoderne. Cette nouvelle culture est aussi, élan aujourd'hui mature, le produit d'une transformation douloureuse. Les temps de crise sont toujours des terreaux riches d'expression culturelle.

Bien sûr, la tentation consumériste guette, embusquée derrière un discours parfois ronflant, qui vous vend la nouvelle conscience artistique des Anglais du Nord comme s'il s'agissait d'un paquet de lessive. Mais il y a plus que les enveloppes spectaculaires dans cette révolution culturelle au pays de la révolution industrielle. Et derrière les concepts perce l'authentique fierté de villes enfin réconciliées avec leur passé, capables d'en accepter l'héritage parfois lourd et défigurant, et d'avancer, identité assumée.