Scènes

Des urgences à la série TV, Le Reflet frappe à Vevey

Emmené par Brigitte Romanens-Deville, le théâtre vaudois accueille Olivier Saladin mardi et Marie Fourquet, dès vendredi. Du beau monde

«Eh, va pas mourir, toi! Et surtout, te déboyaute pas. Angelin va te sortir de là. C’est un cador de la viscérale». Sur la scène, Olivier Saladin pousse un chariot et mime la hâte à petits trots. L’art et l’astuce. Olivier Saladin? Vous le connaissez. Il a été l’un des chevaliers de l’ordinaire des Deschiens, géniale chronique de la France populaire du début des années nonante. Front dégarni, œil clair et pensée sommaire, le drôle était souvent écrasé par le personnage de François Morel. Ce mardi, au Reflet-Théâtre de Vevey après le Théâtre de Valère à Sion, Olivier Saladin ne sera écrasé par personne. Dans «Ancien malade des hôpitaux de Paris», monologue gesticulatoire de Daniel Pennac, le comédien joue à lui seul médecins, infirmiers et patients et c’est, selon Brigitte Romanens-Deville, directrice des lieux, «une vraie performance d’acteur».

Brigitte Romanens-Deville, passionnée et passionnante amoureuse du théâtre. Après douze ans passés à la tête de l’Echandole, salle de 120 places à Yverdon, la pétillante quinquagénaire dirige depuis quatre ans le Reflet-Théâtre, à Vevey. Doté de 700 places et d’un budget de 2,3 millions, ce lieu ravit chaque année 25’000 spectateurs avec une affiche qui alterne théâtre, danse, musique et humour. Le moteur de la directrice? «ll peut tout à fait être résumé par ce spectacle «Ancien malade des hôpitaux de Paris»: profiter d’une figure connue pour faire passer un texte d’auteur auprès d’un large public.» Car Olivier Saladin n’est pas qu’un ancien de la bande des Deschiens. Il incarne aussi le médecin légiste dans la série «Boulevard du Palais» et bénéfice à ce titre d’une jolie célébrité.

La femme-médecin, leçon de modestie

Pour raconter quoi? «Une folle nuit dans un service des urgences où Daniel Pennac décrit aussi bien les malades imaginaires que les médecins carriéristes. On voit par exemple la lutte que se livrent les spécialistes pour prendre le pouvoir sur les patients. C’est assez mordant», expose la directrice. Qui a également beaucoup aimé le coup de griffe féministe de Daniel Pennac: «Chaque fois qu’un nouveau médecin entre scène, il décline sa carte de visite et ça prend des heures. Lorsque vient le tour de la seule femme-médecin de l’hôpital, elle se présente en une ligne. J’adore!»

Femme à l’honneur encore, en fin de semaine, au Reflet-Théâtre. Fine plume des états d’âme contemporains, la Franco-Suisse Marie Fourquet crée «38 séquences», de vendredi à dimanche. Une satire dans laquelle l’auteur narre l’impitoyable exigence des séries TV, bâtie sur un enchaînement de séquences calibré et sur des thèmes obligés. Avec, toujours, cette idée de séduire la ménagère de plus ou moins 45 ans. Marie Fourquet parle en connaissance de cause: elle a tenté l’aventure de l'écriture d'une série TV avec un bonheur très relatif…

Roland Vouilloz, en ménagère de 45 ans

La bonne nouvelle de cette création que le Reflet coproduit avec L’Arsenic? C’est Roland Vouilloz qui interprète la ménagère étalon, on se réjouit. «J’aime l’écriture de Marie Fourquet, poursuit Brigitte Romanens-Deville. C’est une écriture très cinématographique qui joue avec les clichés. Elle peut parler à la place des hommes ou évoquer la banalisation de la violence, elle a toujours une plume à deux niveaux: légère en apparence et très grave dans les profondeurs. Dans «Il faut le boire», spectacle co-écrit avec Philippe Solterman sur les délires éthyliques, les personnages sont tellement saouls qu’ils se mettent à cuisiner un cygne mort… signe d’un amour perdu qu’il faut digérer?! J’aime ces images fantasques.»

Le cygne est mort, le théâtre est vivant. La preuve, deux fois, et de belle manière, cette semaine, au Reflet-Théâtre de Vevey.


Ancien malade des hôpitaux de Paris, le 28 fév. Le Reflet-Théâtre, Vevey. www.lereflet.ch

«38 séquences», du 3 au 5 mars, Le Reflet-Théâtre, Vevey, www.lereflet.ch; du 7 au 12 mars, Arsenic, Lausanne. www.arsenic.ch

Publicité