Sous le soleil de Lugano, la pâleur tchekhovienne d’Ursina Lardi, Grand Prix suisse du théâtre 2017. On applaudit. A l’affiche, au Théâtre de Vidy, de L’Histoire de la mitraillette, cette comédienne suisse établie en Allemagne laisse des marques où qu’elle passe: sa lumière boréale, sa folie tempérée, sa beauté farouche la distinguent au cinéma, dans les films de Michael Haneke, comme à la Schaubühne de Berlin.

Distinction pour deux auteures romandes

Sur le rivage luganais, la grande tribu des théâtrophiles alterne baignades et plongeons dans les eaux de la fiction. Jusqu’à dimanche, le Tessin accueille la quatrième Rencontre du théâtre suisse et les Prix suisses du théâtre. De quoi parle-t-on? De deux rendez-vous distincts qui forment un mini-festival: le premier propose une sélection de spectacles helvétiques, choisis par un jury de professionnels, présidé par Sandrine Kuster; le second honore des artistes à la carrière particulièrement remarquable. C’est ainsi que l’Office fédéral de la culture a distingué, outre Ursina Lardi, deux auteures romandes, Marielle Pinsard et Valérie Poirier.

Des pratiques contrastées

Sous une ombrelle, avant d’entrer en salle, Sandrine Kuster, qui est aussi directrice de l’Arsenic à Lausanne, se félicite des choix de son jury. Le bouquet comprend notamment Blanche/Katrina du Vaudois Fabrice Gorgerat, Alpenstock de la Genevoise Sandra Amodio et l’impressionnant Empire, fenêtre ouverte par le Bernois Milo Rau sur les débâcles méditerranéennes. «Ce rendez-vous est né il y a quatre ans à Winterthour, dans le but d’accompagner les Prix suisses du théâtre, raconte Sandrine Kuster. Notre ambition, en tant que jury, est d’être représentatif des pratiques de toutes les régions linguistiques, de veiller aussi à l’équilibre entre productions nées dans les institutions et spectacles issus de la scène indépendante.»

Ce festival est l’occasion de mesurer nos différences.

Sur le parvis du LAC (Lugano Arte e Cultura), cette maison de verre qui fait rêver, Sandrine Kuster s’emballe. La manifestation est un succès public, bien plus grand que l’année passée à Genève. «Ce festival est l’occasion de mesurer nos différences. En Suisse alémanique, la scène institutionnelle est puissante, certaines grandes maisons, à Bâle et à Zurich, possèdent encore des troupes. En Suisse romande, c’est l’inverse, ce sont les artistes indépendants qui sont les plus marquants. Notre but est de célébrer ce mélange et de permettre aux productions choisies de s’exporter.»

Zurich hébergera la prochaine édition de cette Rencontre. Puis ce devrait être au tour du Valais en 2019, sous le soleil, évidemment.