En pleine campagne de votation paraît en DVD «Utopia», feuilleton sur une conspiration voulant freiner la surpopulation. Un thriller paranoïaque qui pétille

Dès le cinquième épisode, Utopia devient une série à voir goulûment en pleine campagne sur l’initiative Ecopop «Halte à la surpopulation». Le spectateur apprend que le complot qui se trame repose sur le constat d’une surpopulation mondiale, et la nécessité d’y remédier. Les hommes deviennent décidément trop nombreux, le cap d’un nouveau milliard est franchi toujours plus vite, il faut faire quelque chose. Le «Network», le groupe des méchants de l’histoire, a son idée à ce sujet. Laquelle ne réside pas dans une votation populaire.

 

Utopia assaisonne même son propos d’un soupçon d’idées du Club de Rome, maîtres penseurs d’Ecopop. La deuxième saison pose ainsi les prémices du drame actuel, dans les années 1970 en plein choc pétrolier, et notamment à Rome. Cette lecture un peu forcée d’une série anglaise souffre évidemment du biais d’un journaliste suisse à une semaine du vote. Mais la coïncidence, alors que sort le coffret DVD, n’en finit pas d’amuser. Et ce n’est pas le seul aspect piquant de cette série, en 12 épisodes au total.

 

 

Retour au commencement. Le quatuor de personnages principaux, un peu geeks, se passionne pour Utopia, une bande dessinée – pardon, un roman graphique – qui raconte les terribles secrets d’un scientifique ayant vendu son âme à une idéologie qui va l’effrayer. Or il existe un manuscrit inédit qui apporte une suite à ces confessions imagées. Et un tandem de tueurs d’une brutalité particulière, qui travaille pour une instance bien plus importante, semble déterminé à mettre la main sur ces pages. La bande des quatre, qui s’est constituée sur un forum, se rencontre pour la première fois lorsqu’elle est réunie par un homme prétendant avoir le manuscrit. Mais il ne viendra pas…

A partir de là, il y a courses poursuites et traque des uns par les autres, ou inversement – des mouvements en tous sens qu’on peut trouver un peu répétitifs durant le premier volet, mais qui sont mis en scène d’une délicieuse manière. La deuxième et dernière saison pose davantage le cadre de son suspense, tout en gardant, même en renforçant, ses cocasses ingrédients.

Créée par Dennis Kelly à l’invitation de la société Kudos, acteur majeur de la fiction TV en Grande-Bretagne, Utopia joue la partition des théories du complot et du conspirationnisme à tout va. Car le dessein maléfique remonte bien sûr en haut lieu.

L’originalité de la série n’est pas limitée à son scénario, qui a néanmoins de joyeuses façons de surprendre les fidèles à certains moments. Dans ce cas, la facture a toute son importance. Couleurs chaudes et chatoyantes, voire saturées, omniprésence d’une campagne à perte de vue et de maison à brique ocre, plans larges et cadrages de BD – ou de roman graphique: Utopia constitue un festival visuel, renforcé par la musique sautillante et agrippante de Cristobal Tapia de Veer.

Le formalisme des concepteurs va jusqu’à adopter, à l’inverse des larges images du présent, un format carré à coins arrondis lorsqu’ils évoquent les années pré-Thatcher. Ces choix esthétiques mis en œuvre avec précision par les réalisateurs, Marc Munden, Wayne Che Yip et Alex Garcia Lopez, donnent au feuilleton sa patine unique. Cette manière inédite de faire pétiller le thriller paranoïaque.