Chaque jeudi, «Le Temps» explore l’histoire d’un objet devenu culte. (Re)jetez un coup d’oeil sur ces figures emblématiques qui, perçues du coin de l’œil ou au coin d’une rue, intriguent, inspirent, mais surtout informent sur un bout de patrimoine. 

Episodes précédents: 

La vache est une icône. Elle a traversé l’histoire de la Suisse, anime ses traditions locales et en est même devenue son ambassadrice. Son effigie de bois fait le bonheur de petits et grands depuis plusieurs générations. Et comme un bout de patrimoine, elle séduit toujours autant les touristes de passage.

Un emblème indétrônable

La vision de sa silhouette ravive les souvenirs d’alpage de quelques-uns, alimente les rêves paysans des autres et transporte, l’espace d’un instant, ceux qui la contemplent sur les hauteurs de nos montagnes. Symbole de la Suisse et de l’opulence, elle a su séduire les peintres tels que le Vaudois Bernard Viglino ou Paul Klee – à qui Berne refusera sa naturalisation pour l’avoir représentée avec «l’air si bête» dans une de ses œuvres –, le sculpteur Henri Meyer ou encore les dessinateurs de presse Burki et Barrigue.

Lire notre éditorial:  A quoi aurions-nous ressemblé sans les vaches?

Sculptée dans du bois de tilleul de nos régions par la famille Trauffer depuis 1938, la vachette s’est hissée au rang d’incontournable des boutiques de souvenirs du pays. Découpées, poncées et peintes à la main, ces sculptures indémodables ont su résister aux turbulences du marché du jouet ces dernières années. Installée dans l’Oberland bernois, à Hofstetten bei Brienz, l’entreprise produit chaque année plus d’un demi-million de pièces.

Ainsi, la vache d’Hérens côtoie dans les rayons la holstein, la fleckvieh ou encore la simmental. Des races emblématiques de nos cantons. Elles sont rouges, noires ou brunes. Assises, en train de brouter ou debout. De plain-pied, aimantées ou en porte-clés. Mais toujours représentées avec une cloche attachée autour du cou. De quoi nourrir une collection qui s’annonce d’emblée interminable.

«Symbole de nos valeurs»

Solides, simples et uniques, les vaches en bois sont synonymes de «tradition» et de «suissitude» pour Marc Trauffer, petit-fils de la famille, à la tête de la société depuis 2008. Fier détenteur d’une de ces figurines tachetées de rouge, Ueli Maurer ne le démentirait pas. Lors de son allocution du Nouvel An 2019 en tant que président de la Confédération, il déclarait: «La vache en bois est un symbole de notre tradition, de nos valeurs, de la démocratie directe, du fédéralisme.»

Depuis 2015, cet objet sculpté est même devenu la mascotte de Présence Suisse. L’organisme subordonné au Département des affaires étrangères qui promeut l’image de la Suisse à l’étranger a baptisé la sienne Happy Lily. Elle aussi tachetée de rouge, elle s’est nichée jusque dans les poches d’expatriés disséminés aux quatre coins de la planète. De Dubaï à l’Australie, en passant par le Danemark, la vachette est ainsi devenue une ancre les reliant à leur mère patrie.