Modeste paysan algérien, Fatah (Fatsah Bouyahmed) n’a d’yeux que pour Jacqueline, sa vache. Aujourd’hui, il réalise enfin son rêve: emmener le bestiau à Paris, au Salon de l’agriculture. Lui qui n’a jamais quitté sa campagne prend le bateau pour Marseille et traverse la France à pied jusqu’à la Porte de Versailles. Sur la route, il fait quelques rencontres témoignant de l’inaltérable bonté des gens: son cousin Hassan (Jamel Debbouze), d’abord odieux mais révélant bientôt un cœur en or, une paysanne généreuse, un magicien de comice agricole et ses assistantes accortes, Philippe (Lambert Wilson), un châtelain qui a des soucis de toiture et de cœur. Après un reportage télévisé, Fatah fait le buzz sur les réseaux sociaux.

Mohamed Hamidi s’est fait remarquer avec un premier long-métrage, Né quelque part, évocation mi-figue mi-raisin d’un retour involontaire au bled. Il revient avec La Vache, road movie pédestre avec ruminant intégré, qui promet «un voyage inattendu et plein de tendresse dans la France d’aujourd’hui» mais renvoie plutôt à la France de Fernandel (La Vache et le Prisonnier, 1959). Le réalisateur en est conscient, puisqu’il intègre un extrait du film de Verneuil que Fatah regarde avec des larmes aux yeux.
Linéaire, dégoulinant de bons sentiments, rythmé par des ellipses qui tiennent moins de la figure de style que d’une forme d’impuissance narrative, ce feelgood movie pur sucre est assez rusé pour mettre toutes les chances de son côté en procédant à du «talk-show dropping». Michel Drucker n’est que mentionné, mais Anne-Sophie Lapix (C à vous), Cyril Hanouna (Touche pas à mon poste) et Antoine de Caunes (Le Grand Journal, oui, la télévision va plus vite que le cinéma…) jouent leur propre rôle dans la promo.

Candide maghrébin

La Vache appartient à cette catégorie de films gagnant sur l’écran les combats perdus sur le terrain. A l’instar de Rambo vengeant l’Amérique défaite au Vietnam, le Candide maghrébin, idiot du village promu apôtre du vivre-ensemble, règle tous les problèmes liés à l’intégration de la communauté algérienne en France.

Quant à la vache… Pour produire du lait, il n’y a pas mieux. Pour donner la réplique, c’est zéro. Totalement inexpressive, Jacqueline broute à peine, ne meugle jamais, marche placide, la tête ailleurs. Le pauvre Fatah est bien seul pour faire rire. Fait en compagnie d’une girafe, d’un chien fou, d’une chèvre capricieuse, d’un dragon ou d’un marsupilami, le chemin aurait été plus marrant.

La Vache, de Mohamed Hamidi (France, 2016), avec Fatsah Bouyahmed, Lambert Wilson, Jamel Debbouze. 1h31.