«Une godiche, ça s'appelle/Faut m'aimer sacrément, pour trouver que godiche/Ça me va comme un gant […]» C'est avec un refrain plein d'humour et «difficile à assumer», évoquant une remarque encaissée au détour de son parcours d'actrice, que Sandrine Kiberlain a choisi d'effectuer son coming out chansonnier. Manière de prendre aussi un peu de recul et façon d'annoncer le ton d'un album pourtant assez insignifiant, Manquait plus qu'ça, entre mots d'esprit inégaux, états d'âme et mélancolie convenus. Seul titre à sauver de ce chapelet de ballades folk-pop, l'ironique et adroit «Manquait plus qu'ça» qui anticipe la critique et confirme que l'on n'a pas affaire à une simple lubie de starlette en mal d'égotisme: «Elle fait sa Carla/Elle fait sa Vanessa/Manquait plus qu'ça […] Elle se prend pas pour une poire/Elle croit peut-être au hasard/Mais tout ça, ça s'invente pas/On chante ou on chante pas/Qu'est-ce que tu crois.»

Sandrine Kiberlain, dont la plume a déjà sévi pour Johnny Hallyday et Camille Bazbaz, signe d'ailleurs les dix textes du disque. A l'exception de «Girl», reprise des Beatles avec un accent anglais terrifiant, et qui rompt les partitions soporifiques composées essentiellement par Souchon père et fils. Sa parenthèse dans un art dit mineur, cette valeur sûre du 7e art français l'a préparée durant ces trois dernières années: «C'était presque devenu une obsession, raconte Sandrine Kiberlain. Je ne voulais surtout pas que l'on puisse dire: «Encore une actrice qui chante.» Raté! Même si Manquait plus qu'ça ne possède ni la tenue ni les sortilèges du Comme une femme de Charlotte Rampling et du Paramour de Jeanne Balibar, il demeure plus charmant que bien d'autres escapades de comédien(ne)s.

Femme «têtue» et imbibée du patrimoine chanté («Brassens, Gainsbourg, Barbara mais aussi Téléphone, Françoise Hardy et les Rita Mitsouko»), Sandrine Kiberlain s'est battue pour que son opus existe. Pas avec les mêmes armes que le cortège d'anonymes en quête d'un premier label, mais avec un culot suffisant pour que Souchon lui réponde: «Vos textes correspondent à mon univers et m'inspirent.» Accessit autant que mise en confiance inespérés qu'elle complétera par des cours de chant et un processus d'écriture accéléré. «La chanson me permet de réfléchir ma personnalité et mon caractère. Si la démarche a été intimidante, parce que le chant et la voix évoluent dans le registre de l'intime, elle me mène à une authenticité impossible à développer dans mes rôles à l'écran.» Une vertu qu'on laissera à Manquait plus qu'ça.

Manquait plus qu'ça… Sandrine Kiberlain (Virgin/EMI).