Festival

Le Valais célèbre le gotha du théâtre suisse

De Viège à Monthey, de Sierre à Sion, le canton se mobilise pour accueillir la sixième édition de la Rencontre du théâtre suisse. Une fête des formes et de l’intelligence à vivre jusqu’à dimanche

A Sion, depuis mardi, la mobilisation est générale. A Sierre, Monthey, Viège aussi d’ailleurs. La Rencontre du théâtre suisse, sixième édition, offre au canton du Valais jusqu’à dimanche le caviar d’une certaine création helvétique, celui qui a régalé en 2018 un jury de personnalités. Une tribu d’oiseaux de nuit où s’illustrent notamment Mathias Bremgartner, Monsieur Théâtre au sein du Pour-cent culturel Migros, Brigitte Romanens-Deville, directrice du Reflet à Vevey ou encore Marie-Pierre Genecand, critique dramatique au Temps.

Ces cinq jours de piques, de ravissements, de trouble consacrent un idéal culturel, note avec gourmandise Jacques Cordonier, directeur du Service cantonal de la culture. «L’idée de cet accueil a germé en 2015 lors de la Rencontre du théâtre suisse organisée à Genève, raconte cet artisan opiniâtre. Nous voulions faire partager l’excellence suisse au public et aux professionnels de la région.»

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Une sacrée vitrine

Au creux des Alpes, donc, un grand fleuve poétique, qui mobilise au-delà des cercles concernés, sous l’égide de Culture Valais, cette association lancée en 2010 par Jacques Cordonier, portée par le canton et l’union des villes valaisannes. Son objectif? Promouvoir la création considérée comme un facteur d’attractivité. «Culture Valais a travaillé avec l’association Rencontre du théâtre suisse pour que cet événement valorise la région dans toutes ses dimensions», poursuit Jacques Cordonier.

Symbole de cette ambition, le festival s’est choisi un quartier général qui en impose, les Arsenaux à Sion. C’est au cœur de ce bâtiment historique merveilleusement réhabilité que se succéderont ateliers et tables rondes destinés aux professionnels, aux jeunes en particulier. Sujet de vendredi par exemple: la requête parfaite, soit la formule magique pour obtenir des subsides.

L’avantage de ce rendez-vous annuel, accueilli l’année passée par Zurich? Il permet aux passionnés de découvrir des spectacles qui n’auraient jamais fait halte en Valais, sans cette sélection. Un exemple? Coco, comédie musicale inspirée de la vie d’une personnalité transgenre bernoise, montée en suisse-allemand, mais surtitrée, par Alexander Seibt et Markus Schönholzer – aux Halles de Sierre samedi. Un autre? Gaia Gaudi, ou le retour de Gardi Hutter, de son nez coquelicot et de sa chevelure volcanique – au Théâtre La Poste à Viège, mercredi.

La Suisse, Eldorado dramatique

Mais le public répondra-t-il, lui qui est déjà gâté toute l’année par une offre luxuriante? La Genevoise Sandrine Kuster, qui préside l’association Rencontre du théâtre suisse, veut le croire. «Il y a eu des éditions difficiles depuis 2014, année où a été lancée cette formule, mais la fréquentation augmente. En Valais, elle s’annonce même très bonne, si je me fie au spectacle de Gardi Hutter pris d’assaut. Nous proposons un pass à 50 francs qui permet de tout voir.»

Sur les planches valaisannes, les artistes romands seront bien représentés, avec l’acteur Romain Daroles qui jouera sa version de Phèdre, guidé sur la crête des alexandrins par François Gremaud, le metteur en scène genevois Eric Devanthéry, qui célébrera Victor Hugo et ses Misérables et le metteur en scène Ludovic Chazaud, qui revient sur une certaine Sara dans Sara – Mon histoire vraie.

Un emblème

«Ce festival du théâtre suisse est un emblème, souligne Sandrine Kuster. Il témoigne de la place que notre pays a acquise en Europe dans le domaine.» «C’est aussi l’occasion pour les artistes d’ici de réfléchir à l’influence qu’ils peuvent avoir à l’écart des grands centres urbains, à travers une table ronde consacrée aux scènes régionales», complète Jacques Cordonier.

Bonheur supplémentaire: c’est à Monthey, au Théâtre du Crochetan ce vendredi, que sera remis l’Anneau Hans Reinhart – la Palme d’or du domaine en Suisse – à l’artiste genevois Yan Duyvendak, ainsi que les prix de théâtre décernés par l’Office fédéral de la culture. L’un honorera le metteur en scène lausannois François Gremaud et sa 2B Company.

En 2020, c’est à Coire et au Liechtenstein que l’Helvétie dramatique plantera son drapeau. Mais ces jours, c’est le Valais qui est son royaume.


Rencontre du théâtre suisse, jusqu’à dimanche.

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