Beau livre/exposition

Quand le Valais vous promène, au propre et au figuré

Une mise en scène muséale et littéraire explore par la fiction les collections et la mémoire valaisannes

On peut, cet été, partir à la découverte de musées du Valais pour une expérience qui, depuis le Musée de Bagnes au Châble jusqu’au Musée du Lötschental à Kippel en passant par le Musée d’Isérables, Le Pénitencier à Sion et le Musée du vin à Sierre, vous promènera d’un bout à l’autre du canton, à travers ses collections d’art et d’histoire réinventées.

Si vous préférez la chaise longue à l’appel du fleuve et des cimes, vous pouvez aussi voyager immobile dans l’étonnant catalogue de cette exposition plurielle, Vraies-fausses histoires, que publie, sous une belle couverture rouge, la maison Art&fiction.

De quoi s’agit-il? De réinterpréter les images et la mémoire d’un canton à partir de traces existantes. Aux cinq installations dans cinq musées différents, réalisées pour l’occasion par les artistes Øystein Aasan et Paolo Chiasera, répondent cinq portraits fictifs de «collectionneurs» valaisans, imaginés par le curateur du projet, Benoît Antille.

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Faux vrais portraits

En ouvrant ce catalogue singulier, on découvre, précédant les images de leurs collections rêvées et exposées, les portraits de ces personnages ainsi que la biographie de chacun: Jean Roten né à Viège en 1504, alchimiste; Henriette, Sédunoise, née en 1804, dite la femme aux boucles d’oreilles; Jean-François Bruchez, Bagnard né au Châbles en 1844, émigré, orphelin puis missionnaire à la personnalité double; Anne-Marie Bacher de Loèche, où cette «artiste-ethnologue» naît en 1872; et enfin Bertrand Coudray, «inventeur-amateur», électronicien et brasseur de bière, né à Vernayaz en 1982.

Les parcours de ces cinq personnalités sont fictifs mais vraisemblables. Et ils éclairent des pans méconnus mais bien réels de l’histoire du canton. Pour authentifier ces faux vrais portraits, une troisième artiste, la romancière Noëlle Revaz, a imaginé, pour chacun d’eux, des documents «d’époque»: lettres, chroniques, journaux, articles, qui plongent dans l’intimité de ces collectionneurs imaginaires: «Il y aurait de grandes beautés dans nos Alpes à montrer aux visiteurs, mais tous les notables ici craignent comme la peste le développement du chemin de fer et pire encore, que les montagnards se mettent à lire et à raisonner», écrit Henriette, la rebelle, à son amie Luisa, restée à Naples, où la femme aux boucles d’oreilles a vécu avec son mari.

La fausse interview de Bertrand Coudray parue dans Le Nouvelliste fait rêver, comme seule sait le faire l’autrice de Rapport aux bêtes, notamment par la description de «ces ruches connectées aux satellites pour produire du miel dans l’espace». Cet été, grâce à ce catalogue et à ses musées, le Valais va vous promener, au propre comme au figuré.


«Vraies-fausses histoires. Le musée comme lieu d’interprétation»

Exposition jusqu’au 15 septembre 2019. Aux Musée de Bagnes, Musée d’Isérables, Musée cantonaux, Musée du Vin, Musée du Lötschental.

Catalogue, «Art&fiction», 160 p.

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