Musique

Vald: «Pour moi, le rap doit être hardcore»

Rappeur à l’univers déjanté, Vald vient de publier son premier album, «Agartha», dans lequel il mêle un parlé parfois hystérique à une écriture absurde. Le Français se produit ce samedi à l’Arena de Genève aux côtés d’autres jeunes phénomènes des musiques urbaines. Interview

A seulement 24 ans, le rappeur français originaire d’Aulnay-sous-Bois, en banlieue parisienne, a réussi à s’imposer comme un phénomène incontournable. Valentin Le Du, de son vrai nom, s’est d’abord fait remarquer en 2014 avec un premier EP, «NQNT» (comprenez «ni queue ni tête»). Le succès populaire arrive une année plus tard avec «NQNT2» et le tube «Bonjour», qui fait découvrir son univers décalé au grand public. Aujourd’hui, Vald vient de publier son premier album, «Agartha», dans lequel il confirme son amour pour le second degré avec un talent d’écriture certain. Samedi soir, il partage la scène de l’Arena avec d’autres poulains du rap à l’occasion de la première édition du Beat Festival, dédié aux musiques urbaines. Coup de fil.

Le Temps: Le grand public vous a connu avec le tube «Bonjour» et son univers absurde. Vous étiez alors décrit comme un ovni du rap français. Avez-vous eu du mal à ce que l’on vous prenne au sérieux?

Vald: Bien sûr, même encore aujourd’hui! J’ai beaucoup travaillé sur ce premier album, «Agartha», notamment dans le but de prouver que je ne suis pas un rigolo. Même si l’on retrouve toujours mon côté décalé. Ça fait partie de moi, de ma manière de penser. Et c’est aussi ce que les gens ont aimé à mes débuts.

– A la suite de vos premiers succès, vous avez déclaré avoir du mal à comprendre pourquoi les médias criaient au génie…

– Il y a eu un fort engouement médiatique et populaire à la sortie des clips de «Bonjour» et de «Selfie». Ça faisait beaucoup d’un seul coup et c’était très difficile à gérer. Les médias avaient tendance à me classer comme un phénomène. Ça me mettait énormément de pression. Je crois même que ça m’avait agacé de voir que le succès arrivait avec une chanson tout au long de laquelle je disais «nique ta mère». Alors que la plupart de mes morceaux ont des paroles bien plus réfléchies! Quand je me prends la tête, tout le monde s’en fout. Par contre, quand je fais de la merde, on dit que c’est du génie. C’est très vexant (rires). Aujourd’hui, j’ai réussi à relativiser. Quand on écrit en dilettante, les morceaux sont magiques. Je pense qu’on ne peut rien faire contre la magie.

– Dans «Agartha», votre premier album, on retrouve encore des morceaux délirants et absurdes, comme «Strip» ou «Petite Chatte», mais vous vous mettez aussi à chanter et devenez un peu plus fleur bleue avec «Je t’aime» ou «Si j’arrêtais». Pourquoi un tel virage?

– Je ne pense pas que ce soit vraiment fleur bleue. Personnellement, je trouve que «Je t’aime» est un morceau très dur. Même hardcore, tellement il est d’une vérité et d’une honnêteté inédite dans le rap. En général, quand un rappeur parle d’amour c’est pour parler de tromperies et d’excuses. Je pense que le je t’aime frontal est beaucoup plus difficile à aborder. Dans «Si j’arrêtais», je suis d’accord que la mélodie du refrain est assez fleur bleue. C’est même plutôt mignon. Chanter est totalement nouveau pour moi. En plus, je n’ai aucune compétence en la matière. Je n’ai pas d’oreille musicale. Je dois être sous assistance de logiciels, sinon je chante très faux (rires). Je me suis lancé là-dedans parce que c’est la tendance. Beaucoup de rappeurs chantent aujourd’hui, alors pourquoi pas moi?

Lire également:  PNL, nouvelle icône du rap français

– Le refrain d’«Eurotrap» répète la question «comment faire du rap, sans être dissident?». Forcément, on a envie de vous la poser…

– Il suffit de regarder la plupart des rappeurs français qui vendent la superficialité, le capitalisme… Il n’y a plus beaucoup d’artistes dissidents, ceux qui racontent vraiment quelque chose qui dérange. Le refrain d’«Eurotrap» est une manière de critiquer toute cette mode du rap guimauve taillé pour la fête, qui ne veut surtout pas prendre la tête. Pour moi, le rap doit être hardcore. Avec l’absurde, j’essaye de proposer quelque chose de différent pour éveiller la curiosité de mon public et le faire réfléchir.

– Vous vous amusez beaucoup avec les théories du complot, jusqu’à inventer une réponse aux pulsions malsaines de l’homme, qui seraient selon vous contrôlées par des reptiliens. Vous réfléchissez sérieusement à la question?

– Je préfère imaginer que le mal vient d’une autre espèce qui manipule les hommes. Ça me déculpabilise de me dire que l’être humain est incapable d’être aussi mauvais. L’idée des reptiles est bien entendue fantasmée mais elle me permet de réfléchir sur les travers de l’homme. Je me renseigne beaucoup sur ces théories, même si je garde un certain recul. Du coup, je m’amuse à propager cette affabulation sur les reptiliens jusqu’à ce que des chercheurs se mettent à considérer sérieusement la question (rires).

– Les travers de l’homme, vous les abordez également dans le morceau «Megadose» et son clip où l’on vous voit vous empiffrer à l’excès…

– J’ai essayé de montrer que, malgré les tentatives de prévention pour les dissuader de se comporter de façon excessive, les gens n’en font qu’à leur tête et se goinfrent jusqu’à mourir. C’est également une référence au film «La Grande Bouffe». La chanson parle avant tout des dérives de la surconsommation et de notre condition d’esclaves modernes. Le plus triste, c’est que nous nous infligeons tout ça nous-mêmes. Ou peut-être seraient-ce les reptiliens…


Vald, «Agartha» (Barclay/Universal Music).

The Beat Festival, samedi 28 janvier à l’Arena, Genève, avec Vald, Rae Sremmurd, Bigflo & Oli, MHD, SCH, Makala, Di-Méh, SlimK et Kosmo. www.thebeatfestival.ch

 

Dossier
Le rap français, c'était mieux avant. Vraiment?

Publicité