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Que valent les séries Facebook?

Tout juste disponible en Suisse, la plateforme Watch du réseau social propose déjà une petite dizaine de productions originales. Au milieu des soaps pour ados, une série se démarque. Elle s’appelle «Sorry for your Loss» et aborde le deuil sans fard

Parfois, le monde des séries TV ressemble à une averse tropicale: ça pleut de tous les côtés, avec une intensité étonnante et sans jamais vraiment s’arrêter. Face à ce déluge de nouvelles productions, il arrive qu’on se sente un poil dépassé (voire qu’on passe pour un plouc parce que, évidemment, on a raté «la» fiction du moment).

Et cette rentrée, bien chargée, ne va pas arranger nos affaires. D’autant qu’elle sonne l’arrivée d’un acteur plutôt inattendu sur le marché, qui l’inonde déjà de ses séries maisons: Facebook.

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Le géant bleu l’avait annoncé l’an dernier: avec Watch, sa nouvelle plateforme vidéo, il comptait non seulement agréger tous les contenus du genre sous un même onglet, en suggérant aux membres les vidéos qu’ils pourraient apprécier, mais aussi retransmettre des événements sportifs et proposer des séries originales.

C’est désormais chose faite. Lancé depuis plusieurs mois aux Etats-Unis, Facebook Watch a fait son entrée en Suisse il y a quelques jours, et plutôt timidement: il est encore indisponible sur ordinateur et, sur smartphone, la plateforme se résume encore à une longue liste de vidéos suggérées aléatoirement. En revanche, les premières séries de la maison Zuckerberg sont effectivement en ligne et visibles gratuitement sur l’interface du réseau social (pour trouver une série, il suffit de taper son nom dans la barre de recherche principale puis de cliquer sur la page qui lui est dédiée et où sont postés les épisodes, en version originale et entrecoupés de courtes pubs).

Secte mystérieuse

Et une chose est sûre, Facebook n’a pas perdu son temps. En cette fin septembre, il offre déjà une demi-douzaine de fictions, sans compter les nombreux documentaires et shows de téléréalité (dont Help us get married, qui voit les internautes voter afin d’aider des couples choisir la plus jolie robe de mariée ou le lieu de la cérémonie).

Les séries pures et dures, quant à elles, visent le public cible que Facebook souhaite (re) conquérir: les adolescents. On retrouve donc une majorité de programmes jeune public, relativement inintéressants pour qui a plus de 17 ans, tournant autour des classiques premiers émois et autres déboires de lycéens. On touche carrément le fond avec Turnt, cliché du genre version exacerbée et LGBT, où pas une scène ne passe sans qu’un acteur, bien trop âgé pour le rôle, parle de coucher avec un autre (préférez plutôt SKAM Austin, remake de la série norvégienne éponyme).

Les amateurs de comédie pourront s’essayer à Strangers, qui suit les aventures d’une jeune femme déjantée et de ses colocataires Airbnb successifs, sans grande originalité toutefois. Quant aux amoureux d’intrigues plus sombres, ils se laisseront sans doute divertir par Sacred Lies.

Dotée d’un budget visiblement plus important, la série plonge dans l’univers mystérieux (et quasi mystique) d’une secte du Montana dont le campement a brûlé. La jeune Minnow s’en est extirpée… les deux mains tranchées. Que lui est-il arrivé? Si les prémices de la série sont alléchantes, elle manque au final de rythme et d’intensité.

Veuve en survêtements

Alors, Watch n’a-t-il rien à offrir qui vaille le coup d’œil? Eh bien si. Surprise, Facebook frappe là où on ne l’attendait pas, et il frappe fort. Avec Sorry for your Loss, le réseau social connu pour ses statuts légers et ses photos de vacances prouve qu’il peut aussi aborder des thèmes douloureux avec finesse.

Dans la série dévoilée la semaine dernière, Elizabeth Olsen incarne Leigh, une jeune femme qui vient de perdre son mari, Matt. Entourée de sa mère Amy, qui gère tant bien que mal un studio de fitness, et sa sœur Jules, ancienne alcoolique, Leigh tente d’avancer malgré le drame inintelligible qui l’a frappée ou, plutôt, de garder la tête hors de l’eau.

Sorry for your Loss aborde le deuil sans fard ni glamour larmoyant. Leigh est une veuve éplorée, mais le genre qui se traîne en pantalon de survêt et se réjouit d’une seule chose: la séance hebdomadaire de son groupe de soutien. Juste parce qu’on y mange des donuts. C’est une veuve en colère aussi, narcissique souvent, incapable d’accepter que d’autres souffrent également du décès de Matt, qui faisait office de liant dans la famille.

A commencer par le frère de son mari, Danny, avec qui Leigh entretient une relation plus que conflictuelle alors que, paradoxalement, c’est lui qui la comprend mieux que personne. «Je déteste quand les gens me demandent si j’étais proche de lui. Comme s’ils attendaient la réponse pour décider à quel point ils doivent être désolés», finit-il par lui confier.

Honnêteté brute

Au fil des épisodes, d’une trentaine de minutes chacun, les défis du quotidien (se lever le matin, vider l’appartement, interagir avec un autre être humain) se mêlent aux flash-back d’une ancienne vie à deux. Souvenirs d’un mariage heureux mais imparfait dans lequel, Leigh s’en rend compte, Matt conservait une certaine part d’ombre.

C’est justement ce réalisme brut qui touche dans Sorry for your Loss. Les situations sonnent juste, le manque est vécu chaque jour autrement et affecte tout le monde différemment. Et si la série s’apparente à une expérience cathartique, elle évite le trop-plein de chagrin grâce à des dialogues souvent piquants. Une souplesse qu’elle doit à sa créatrice et productrice Kit Steinkellner ainsi qu’à Elizabeth Olsen, bouleversante en révoltée de l’existence.

Si la série n’offre pas un moment de divertissement libérateur, elle dépeint une situation universelle sans trop en faire, avec patience et tendresse, ce qui semble séduire les internautes. Après un lent démarrage, Sorry for your Loss, qui comptabilise plusieurs millions de vues et de nombreux commentaires, peut se targuer d’avoir acquis une communauté fidèle. Et Facebook un début de crédibilité en tant que producteur de séries de qualité.

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