Le prince des ténèbres dans le temple du soleil. C’est l’impression que provoque la nomination de l’ombrageux Valentin Rossier à la tête du Théâtre de l’Orangerie, scène estivale genevoise. Impression confirmée par son entrée en matière hier lors de sa première présentation de saison. L’exercice s’est déroulé dans l’espace principal du théâtre, lumineuse serre du parc La Grange, mais tendue de noir cette fois – on dit tapsée dans le métier – pour accueillir fin juin La Ronde, spectacle inaugural dont Valentin Rossier signe la mise en scène.

Et comme si le paradoxe n’était pas déjà assez évident, le maître des lieux s’est encore amusé à le creuser. «Pourquoi j’ai postulé pour diriger une scène estivale? Parce que je déteste l’été! De cette manière, je saurai pour la première fois quoi faire durant cette période détestée…» a-t-il lancé hier sur le mode dandy qu’il affectionne.

Valentin Rossier est ainsi. Mauvais garçon par vocation, mais brillant metteur en scène quand il s’agit de décrypter les ambiguïtés humaines. Un art qu’il pourra exercer avec La Ronde, pièce d’Arthur Schnitzler de 1897 qui enchaîne dix dialogues un rien tordus sur le mode je te désire moi non plus. Rapports de pouvoir et jeux de séduction, l’amour est absent de cette passe érotique où «les personnages se croisent, mais ne se rencontrent jamais». Comme à son habitude, ce «comédien qui dirige d’autres comédiens» jouera lui-même dans cette partition freudienne à laquelle, notamment, Céline Nidegger, Anna Pieri et Caroline Cons apporteront leur charme et leur talent (26 juin-15 juillet).

Autre cache-cache amoureux, autre mise à l’épreuve: José Lillo sort de ses marques habituelles pour créer Le Petit-Maître corrigé, pièce de Marivaux rarement jouée qui raconte comment une jeune femme teste l’amour de son futur mari. «A priori, Marivaux représente tout le théâtre que je fuis, a commencé José Lillo, ténébreux lui aussi. Mais je vais essayer de sortir cette pièce du marivaudage habituel. Mon modèle? La comédie américaine des années 40, celle de George Cukor, très champagne et légère.» Jeanne De Mont, Elodie Bordas, Felipe Castro figurent parmi les comédiens qui rejoindront Lillo sur le plateau pour libérer ce texte de son «carcan historique» (7-19 août).

La ligne de l’Orangerie nouvelle manière? Moins, mais plus longtemps. Les sept spectacles à l’affiche sont programmés de dix jours à trois semaines, soit 85 représentations par contraste à «l’accueil éclair de deux-trois jours». Parmi ces accueils, on peut se réjouir de la reprise de Bal à la sauvette, savoureux spectacle du Théâtre du Sentier réalisé d’après des témoignages de passionnés de danse-musette. «La danse c’est l’amitié», a dit hier Claude Thébert qui confirme et signe le caractère «émouvant, populaire et drôle» de cette création (31 juillet-7 août). L’émotion et l’humour seront aussi au programme de La Conférence des oiseaux, texte persan du XIIIe siècle réécrit par Jean-Claude Carrière. Ici, c’est le danseur Pierre Lamoureux qui donne sa version en mouvement. Le spectacle fascine, il tourne depuis dix ans (18 au 29 juillet).

Quoi d’autre au programme du nouveau directeur qui a fait poser des planchers de bois sur le bitume pour «éviter l’effet parking»? Deux spectacles pour enfants de 3 à 5 ans, deux récitals de piano et trois créations de danse de la Bâtie-Festival de Genève auquel l’Orangerie ouvre ses portes à la rentrée. «Sans oublier le Grand Bal, celui de la dernière chance, le 22 septembre. De quoi trouver l’âme sœur avant l’hiver», a ironisé Valentin Rossier. Ténébreux, donc, mais pas désespéré.

Infos, 022 700 93 63, www.orangerie.ch

La ligne de l’Orangerie nouvelle manière? Moins de spectacles, mais plus longtemps