La valeur attend parfois le nombre des années. Longtemps confiné au rôle de second couteau, Les Valentins semblent enfin avoir trouvé le moyen de quitter l'emploi de rats de studio qui leur colle à la peau depuis une quinzaine d'année. A la fois sophistiqué et accessible, Juke Box trace en effet le chemin d'une pop mature qui ne doit rien à personne. Soit l'affirmation d'un style qui aura mis quatre albums à éclore.

L'histoire des Valentins commence avec et par Daho. En escale à Aix-en-Provence durant le Satori Tour, le Rennais repère un jeune trio encore baptisé Les Max Valentins – pour la petite histoire le troisième homme, parti «sur la route» seul depuis, n'est autre que Gérard De Palmas. Engagées pour la tournée des «Nuits Martiennes», les jeunes recrues prennent vite du galon, assumant une partie de la production de l'album Paris ailleurs. L'expérience coûte cher au groupe, qui explose avant de se reconstituer en 1989, sous la forme du duo actuel (Edith Fambuena, Jean-Louis Pierot). Mais il lui ouvre également une voie royale: Jacno, Brigitte Fontaine, Bashung et re-Daho recrutent Les Valentins.

Autant d'artistes majeurs qui assurent la reconnaissance du duo, mais qui n'empêchent pas les productions estampillées Valentins de connaître l'échec. Les deux Français semblaient incapables de faire valoir pleinement leurs travaux personnels. Un paradoxe dont Juke Box devraient enfin venir à bout.

Conçu en quelques semaines, dans le silence complice d'une maison de Fontainebleau, ce quatrième album profite d'abord d'une écriture à quatre mains simple et sans pudeur. Sincères («Entre elle et moi»), touchants («Je t'écris»), concis mais poétiques, ces onze nouveaux titres naviguent entre souvenirs d'enfance, identité sexuelle, deuil et carnaval avec une naïveté et une fraîcheur retrouvée.

Calée sur des tempos plutôt lents, la voix d'Edith Fambuena semble enfin débridée, débarrassée de toute contrainte par un lit musical doux et luxuriant. Si la tonalité générale est pop et les influences anglo-saxonnes prédominantes, le soin apporté aux arpèges de guitares, la justesse des cordes, la parcimonie des effets synthétiques attestent d'une patte rare et d'un climat jamais anodin. Un savoir-faire désormais en pleine lumière, dont profitera bientôt Marianne Faithfull. L'ex- égérie de Mick Jagger a sollicité Les Valentins pour une chanson bien nommée: «Pleasure Song».

Les Valentins, Juke Box (Barclay/Universal).