L'écrivain genevois Yves Laplace et sa compagne, la photographe Valérie Frey, entendent ne rien oublier des désastres de leur temps. Ni les tergiversations des puissants, ni les pleurs des enfants, ni les rues vérolées par les tirs de mortiers. Au mois d'avril 1997, le couple s'était ainsi rendu à Sarajevo, quelques semaines après les Accords de Dayton. Il en avait ramené 2000 photos: des ruelles étranglées, des chemins enneigés, des passages encombrés surtout. Il y a une année et demi, le duo a passé six semaines au Liban. Chacun de son côté, Yves Laplace et Valérie Frey ont parcouru ce pays encore secoué, où l'on feint d'oublier quinze ans de guerre civile. Un appareil compact à portée de main, ils ont ainsi surpris des amours enfouies sous les décombres d'une maisonnette et écouté ces mères qui n'attendent plus rien dans les camps palestiniens. Il en résulte Les Dépossédés, journal de bord à quatre mains, qui alterne images de Bosnie et du Liban pour suggérer une communauté de destins entre deux peuples menacés d'amnésie. Mais c'est aussi un jeu de voix, celle de l'écrivain hanté par l'Histoire, celle de Valérie Frey, pistant, en contrepoint, un fantôme d'amour.