Critique

Valérie Mauriac, «humourienne» de Sierre à Zinal

C’est émouvant de voir naître à la scène une humoriste. Non, pardon, une «humourienne». C’est ainsi que se présente sur son site la Genevoise Valérie Mauriac, qui n’a rien à voir avec l’écrivain François, mais tout à partager avec les innombrables femmes de plus de 40 ans qui, comme elle, se battent avec des problèmes de poids, de sport, d’homme flottant et d’image de soi. C’est toujours émouvant une pre- mière fois... Et, pour son baptême de scène en solitaire au Palais Mascotte, à Genève, la grande comique (1 mètre 80) ne déçoit pas.

Une question pour commencer. Connaissez-vous Petite tête en bonne santé? Non? C’est que vous n’avez jamais rencontré la sœur de Grand corps malade... Valérie Mauriac, si, et elle nous présente un slam à la manière de l’artiste ca- chée. L’humour absurde, décalé, fait partie de la panoplie de Valérie. Mais aussi les portraits de société. Comme les pouffiasses-pétasses (pas nous, bien sûr!) qui courent acheter des crèmes amincissantes actives pendant la nuit ou appli- quent du mascara si galvanisé que leurs yeux ressemblent à des grilles de fer forgé. Pourquoi tant de crédulité? questionne la satiriste qui consacre aussi une séquence aux horoscopes et aux applications i-Phone de divination. Interpréta- bles à l’infini, évidemment, selon nos besoins, nos envies...

Mais le sketch clé de la soirée, celui qui pourrait créer le buzz s’il était filmé et posté sur Internet, c’est le récit que Valérie Mauriac fait de sa performance lors d’un Sierre- Zinal mouvementé. Dans la vraie vie, la sportive d’élite a mis neuf heures pour 32 kilomètres, et une rotule cassée... Sur scène, la séance de torture dure quatorze heures, prend un tour cauchemardesque lorsque la Genevoise est épinglée par un porte-voix à l’accent valai- san à son arrivée à Chandolin et finit dans l’hélico de survie en bonne compagnie...

Avec ce premier spectacle joli- ment écrit, Valérie Mauriac se situe dans la ligne de la Romande Bri- gitte Rosset ou de la Française Florence Foresti. Sens du récit-ca- tastrophe, fine observation de nos déraisons et capacité à s’associer un public. Mercredi, les spectateurs étaient d’abord discrets, puis ré- jouis. L’humoriste ne s’est pas laissée impressionner par la frilo- sité initiale, elle a bravement ré- chauffé la salle. C’est aussi à cela qu’on voit le potentiel prometteur d’une première fois.

J’invente rien!, jusqu’au 4 juin, au Palais Mascotte, 43, rue de Berne, à Genève, 022/741 33 33, 1h, www.valeriemauriac.com

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