Scènes

Valérie Mauriac, l’humour à toute allure

Au Théâtre des Grottes, à Genève, la comédienne livre une satire secouée des couacs de la modernité

Vous êtes au bord de la crise de nerfs chaque fois que vous devez traverser devant la gare de Cornavin, sur cet improbable passage piéton qui se déploie en long? Vous frisez le suicide lorsque vous souhaitez commander un repas au bar du TGV et qu’à chaque étape du menu il y a six variantes à cocher? Vous haïssez les open spaces et leur côté tour de contrôle permanente? Alors, vous allez adorer Valérie Mauriac déballe tout, vraiment, solo caustique et fulgurant sur les joies de notre modernité. En plus de sa sagacité, cette Française qui a grandi à Zurich et vécu aux Etats-Unis avant de s’établir au bout du lac a un talent bien à elle: une parfaite maîtrise des langues et des accents qui rend son stand-up percutant.

Elle préfère qu’on l’appelle «humourienne». C’est que Valérie Mauriac est aussi comédienne et a imaginé ce mot-valise pour rendre justice à sa seconde vocation qu’elle exerce, chaque dimanche, dans les Balades touristiques théâtralisées. L’œil bleu, la taille altière, la comique aime les gens. Mais elle trouve la société très compliquée et repère avec gourmandise ses nombreuses contrariétés. A commencer par les nouvelles poubelles genevoises dont le sac est aussi jaune qu’impossible à maîtriser.

Parking de la mort

Pareil pour le parking de Cornavin. Réussir à en sortir sans tuer (un piéton, un cycliste) ou être tué (par un tram) relève du miracle divin. D’ailleurs, c’est pareil pour les trains. Un Genève-Zurich ou un Genève-Paris sur les rails, c’est beaucoup, beaucoup de respirations pour maîtriser son exaspération. Et la satiriste va encore épingler les open spaces ou la mammographie qui, comment dire, ne sont pas les meilleurs amis de l’homme (ni de la femme)…

Voir aussi: Le sketch de la mammographie

Sierre-Zinal, la palme

Mais le grand moment de la soirée reste le sketch de Sierre-Zinal, un numéro d’anthologie découvert lors de son premier spectacle, en 2011. Le récit de la course en mode valaisan est simplement hilarant. Plus que la séquence des affichettes de journaux (une fausse bonne idée) ou la plaidoirie d’un avocat qui défend une riche meurtrière (un peu opaque et étrangement mélancolique) ou encore les intermèdes, trop courts ou trop light pour être convaincants. Dans l’évocation de son aventure anniviarde tirée de la vraie vie, Valérie Mauriac montre qu’elle vient d’une famille de linguistes: son sens du rythme, de l’observation et de la chute crépite follement.


Valérie Mauriac déballe tout, vraiment. Jusqu’au 30 septembre, Théâtre des Grottes, Genève, rés. valeriemauriac.com

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