Valérie Petitpierre

Agota Kristof, D'un Exil l'autre

Zoé, coll. Critique, 208 p.

Cet essai se propose d'étudier «les détours de l'écriture» dans la trilogie romanesque formée par Le Grand Cahier (1986), La Preuve (1988) et Le Troisième Mensonge (1991): on sait qu'elle raconte l'histoire de deux frères, leur enfance pendant la guerre, leur séparation (l'un a fui à l'étranger, l'autre est resté au pays) et leurs retrouvailles un demi-siècle plus tard. Mais les trois récits se chevauchent et se contredisent, si bien que le lecteur s'interroge: qui est qui, qui dit quoi? Où est la vérité, et pourquoi l'auteur s'est-elle exilée de son texte? Lectrice attentive, Valérie Petitpierre examine une à une chaque pièce du puzzle, à savoir l'identité du (ou des) rédacteur(s) présumé(s) des trois manuscrits, leur support matériel et leur lieu d'écriture, leur histoire, leur style propre (journal intime, roman, autobiographie) pour conclure que la trilogie joue délibérément sur la dualité et l'ambivalence: ainsi peut-on dire que Lucas et Klaus sont des menteurs, qu'ils écrivent des mensonges ou qu'ils sont des mensonges. Si, comme ses personnages, l'écrivain a choisi le détour de la fiction, c'est parce que la vérité était trop effrayante à dire.