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S’il est une image qui colle à la peau des artistes, c’est celle d’être des rêveurs, déconnectés des basses réalités quotidiennes, visités par les Muses, habités par leur œuvre et rien d’autre.
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Livres

Van Gogh et Goncourt, histoires de frères

Un livre démontre combien Vincent Van Gogh avait planifié son succès

S’il est une image qui colle à la peau des artistes, c’est celle d’être des rêveurs, déconnectés des basses réalités quotidiennes, visités par les Muses, habités par leur œuvre et rien d’autre. Parfois, le cliché a la vie si dure qu’il se transforme en légende. C’est le cas pour Vincent Van Gogh. L’artiste hollandais a peint des tournesols jusqu’à en perdre la raison, tout entier à capter la lumière du Sud, saisissant les ciels, les cafés d’Arles et ses alentours, ne vendant aucune toile et souffrant chroniquement du manque d’argent. Ce n’est qu’après sa mort, à 37 ans, que ses tableaux ont atteint des valeurs astronomiques. Pauvre artiste… Méchant marché…

Wouter van der Veen, secrétaire général et directeur scientifique de l’Institut Van-Gogh, à Auvers-sur-Oise, préfère regarder la réalité en face. Auteur de cinq autres livres sur le peintre, il s’emploie dans le dernier, Le Capital de Van Gogh, à déconstruire le mythe de l’artiste dans la lune. Se basant sur la fameuse correspondance entre Vincent Van Gogh et son frère Théo, il établit combien la courte vie du peintre a été placée sous le signe d’une fine et lucide connaissance du marché de l’art. Et que son succès, certes posthume, est le fruit d’un sens aigu des règles de l’offre et de la demande. Ce qui en soi n’a rien de renversant. Ce qui même pourrait aller de soi. Mais dans le cas de Van Gogh, hissé au rang de saint (l’histoire de cette sanctification serait passionnante à lire) de la peinture, une telle assertion relève du blasphème.

Avant d’entrer dans le détail de l’entreprise des deux frères, le chercheur fait un détour instructif par la foi du peintre. Calviniste intense, Van Gogh était habité par la nécessité de trouver sa mission sur terre et de faire fructifier son talent. Il a erré longtemps avant d’y parvenir. Il a travaillé sept ans dans une galerie d’art, observant de près les procédés qui font monter ou descendre la cote d’un artiste. Il a été ensuite, comme son père, prédicateur. Quand la peinture s’est finalement imposée, il y a mis un zèle et un feu hors norme. Et surtout, il a planifié, avec Théo, son succès futur.

Un livre l’a beaucoup inspiré dans cette entreprise à deux: le roman Chérie d’Edmond de Goncourt, l’aîné des frères, fondateurs de l’Académie et du prix littéraire qui rythment encore la vie du livre en France. Dans sa préface, l’écrivain se rebiffe contre la tendance de ses contemporains à négliger le style et à écrire dans le «langage omnibus des faits divers». Ce que retient Van Gogh, ce sont les explications sur la façon dont les frères Goncourt ont conquis le Paris des lettres en sachant devancer les tendances, en étant visionnaires, en sachant répondre aux demandes du public. Ainsi la mode du japonisme qui a duré plusieurs décennies et dont les Goncourt se flattaient d’être les propagateurs. Si les Goncourt avaient le sens des affaires, le talent n’était pas leur fort au vu de l’oubli dans lequel leurs livres sont tombés. L’entreprise des Van Gogh, elle, demeure.


«Le Capital de Van Gogh», Wouter van der Veen, Actes Sud.

«Les frères Goncourt», revue «Europe», nov-déc. 2015.

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