Faire entendre, enfin, la voix des victimes d’abus sexuels. C’est ce que permet le livre tout juste paru de Vanessa Springora, Le Consentement, où elle raconte, trente ans après les faits, comment elle a vécu, de 14 à 16 ans, sous l’emprise sentimentale et sexuelle de l’écrivain et pédophile militant Gabriel Matzneff, alors au début de la cinquantaine. C’est aussi ce qu’a permis la prise de parole d’Adèle Haenel, il y a à peine deux mois, sur le site de Mediapart. La comédienne, en interview, dénonçait, quinze ans après les faits, le harcèlement et les attouchements sexuels qu’elle avait subis entre 12 et 15 ans de la part du réalisateur Christophe Ruggia (qui nie ce qui lui est reproché), pendant et après le tournage du film Les Diables.

Mur de silence

Ces deux voix, l’une écrite, l’autre orale mais usant de mots à ce point choisis qu’ils font œuvre aussi, ces deux voix, donc, ont fait voler en éclats l’épais mur de silence qui entoure habituellement les abus sexuels. A tel point que dans les deux cas, la justice française s’est saisie elle-même et a ouvert des enquêtes préliminaires à l’encontre du réalisateur et, le 3 janvier, à l’encontre de l’écrivain. Cette séquence ne serait pas complète sans rappeler aussi les dernières accusations de viol à ce jour portées contre Roman Polanski (accusations qu’il conteste), au moment de la sortie de son film J’accuse, en novembre, par la photographe française Valentine Monnier.