Ce n’était pas gagné d’avance. La variation est un sujet passionnant pour un concert symphonique. Il impose à l’orchestre de trouver une unité dans la variété des nombreuses transformations d’un même thème, repris sous différentes formes. Et il force à raviver les couleurs d’une cellule qui peut sembler répétitive. La mise en œuvre de l’exercice peut s’avérer ennuyeuse. Rien de tel avec le programme défendu par Vasily Petrenko à la tête d’un OSR particulièrement en forme, jeudi soir au Victoria Hall.

Le chef possède, à un degré remarquable, le sens de la caractérisation et de la personnalisation. Choisir comme mise en oreille l’Akademische Festouvertüre de Brahms, dont le titre raconte à lui seul le style un rien pompeux de l’œuvre, n’augurait rien d’étourdissant. Mais enchaîner la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov, les Variations sur un thème de Haydn de Brahms et les «Enigma» d’Elgar, affirme un certain goût du risque. C’est qu’il faut maintenir l’attention et susciter la surprise dans le nombre imposant de motifs. Pari gagné, et de quelle façon!

Le dernier soupir

Le travail de la matière, Petrenko en fait son affaire du premier au dernier soupir. Il sculpte le son au doigt et monte les dynamiques au corps. Chacun de ses mouvements, simple, vital et naturel, insuffle les bons élans. L’alchimie ne s’explique pas, elle se vit. Et avec l’OSR, elle semble naturelle, dans ce parcours kaléidoscopique trop long à énumérer ici.

La finesse des solos des chefs de pupitres, des cuivres rayonnants aux bois subtils en passant par des cordes chatoyantes, dit le plaisir personnel du jeu. La densité de l’ensemble et l’entente générale montrent l’engagement du groupe. L’harmonie, collective et particulière, s’entend dans le déroulé de chaque cellule musicale.

D’un côté, le thème développé (les «Haydn» du grand Johannes). Petrenko les dépeint comme les Tableaux d’une exposition de Moussorgski. A chacun son univers et son histoire, dans une seule déambulation. De l’autre côté, la galerie de portraits (les «Enigma» du britisch Edward). Le chef les scrute comme autant de touches d’un seul ouvrage. Et les délivre à la manière pointilliste, donnant son sens à l’ouvrage avec le recul de l’écoute. Les plans sont à la fois indépendants et émulsionnés, clarifiés dans une masse sonore généreuse.

Il y a là une grandeur

Il y a de la grandeur dans les déroulements mélodiques, de l’autorité dans la virulence rythmique, de la délicatesse dans le rendu des nuances et de la lumière dans l’équilibre harmonique. Vasily Petrenko est autant musicien que chef dans l’âme.

Simon Trpčeski, lui, est un soliste idéal. La fluidité de sa virtuosité, son humilité devant le texte, son assise et sa droiture le situent à l’opposé de tout clinquant. La pyrotechnie digitale de la Rhapsodie «Paganini» de Rachmaninov éblouit. Le pianiste la fait briller sans apprêts. Et quand il propose en bis le 3e mouvement de la Sonate pour violoncelle et piano de Rachmaninov, il prouve que la musique est reine avant tout. En soutenant la sensibilité et l’aspect «affettuoso» du jeu du premier violoncelliste solo de l’OSR, Stephan Rieckhoff, il met judicieusement à l’honneur une sensibilité musicale habituellement noyée dans le groupe. Un joli moment de partage.