On l’appelle à Paris. Il vient d’enchaîner une interview avec Radio Nova, une autre avec Les Inrockuptibles. «Ils m’ont demandé comment je m’y suis pris pour mon projet, quelles sont mes influences. Ouais, c’était cool.» La voix grave de Jephté Mbisi. On l’imagine avec ses chaussettes blanches remontées jusqu’aux genoux, un bob de velours enfoncé sur la tête, ce long corps de guerrier bantou et de basketteur de la côte Ouest. Il a pris le pseudonyme de Varnish La Piscine. Le vernis de la piscine. Déjà Californien.

Dans l’escadron du label Colors qui fête ses 10 ans jeudi au festival Antigel, parmi cette jeune garde éblouissante du rap genevois (Di-Meh, Makala, Slimka, 20 autres), Varnish tranche. Il est un esprit qu’on ne se lasse jamais d’admirer. Rien que son compte Instagram est une porte ouverte vers un univers mental baigné de surréalisme et de science-fiction. Il colle des yeux factices sur des mannequins dont il a découpé l’effigie, sur des héros de série Z, des films d’horreur. Il est obsédé par des visions dont il se libère en les trafiquant.