Pour la deuxième année consécutive, le Musée cantonal des beaux-arts, à Lausanne, accueille l'art multiple d'une cinquantaine d'artistes, qu'ils soient vaudois ou établis dans le canton. L'exposition est le résultat d'un concours, largement ouvert, qui cette année a suscité encore plus de participation. Près de 200 artistes, contre environ 150 l'an dernier, ont amené au musée une à trois œuvres récentes pour les soumettre à l'examen d'un jury, complètement renouvelé par rapport à l'an dernier et qui s'est montré un peu plus sévère, puisqu'il a sélectionné 44 artistes contre 55 en 2003. Ce type d'exposition, qui permet de voir un large spectre de courants artistiques, est plus que rare en Suisse romande. Or, jeudi dernier à Genève, Patrice Mugny, chef du Département des affaires culturelles, a convenu avec Cäsar Menz, directeur des Musées d'art et d'histoire, de la tenue d'une manifestation analogue au Musée Rath en été 2005.

A Lausanne, le jury d'Accrochage [Vaud 2004] était formé de l'artiste et ancienne enseignante de l'Ecole supérieure des beaux-arts de Genève Silvie Defraoui, de Laurent Desarzens, président de visarte.vaud (l'association des artistes vaudois collabore à la mise sur pied de l'événement), de Katya Garcia Anton, directrice du Centre d'art contemporain de Genève, et de Nadia Schneider, directrice du Kunsthaus de Zurich. Ces yeux, relativement neufs par rapport au milieu artistique vaudois, n'ont eu qu'une journée pour faire leur choix et Ralf Beil, nouveau conservateur du musée (il remplace Caroline Nicod désormais au Centre Pasquart de Bienne) espère bien pouvoir donner un peu plus de temps à la prochaine équipe.

Déjà, il a pu disposer de quelques jours de plus que l'an dernier – une bonne semaine – pour réfléchir à la disposition des œuvres. Avec l'aide du jury, il a essayé de regrouper de salle en salle des travaux qui, soit par leur style, soit par leur inspiration, avaient quelque chose à se dire. Un travail de mise en scène assez volontariste tout en restant subtil. «Nous voulons éviter la simple juxtaposition qui peut nuire aux œuvres», explique le jeune conservateur. En poste jusqu'ici au Kunstmuseum de Berne, il fait ainsi allusion au défaut de ce que les Alémaniques appellent les expositions de Noël, rendez-vous annuels des musées et des Kunsthalle qui souffrent parfois des confrontations hasardeuses entre les travaux.

Par ailleurs, une salle a été offerte à Robert Ireland, lauréat de l'édition 2003. L'artiste y développe son travail sur les modes de présentation des savoirs, schémas et autres graphismes utilisés par les sciences tant exactes qu'humaines. Dans ces grilles de lecture du monde, il glisse les systèmes d'analogie, d'ouverture qui sont ceux de l'art. Sans oublier le doute. Un livre d'artiste édité pour l'occasion vient encore enrichir l'exposition. L'an prochain, ce sera le photographe Bernard Voïta, remarqué cette année par le jury pour une série de clichés où il piège une nouvelle fois le regard en se jouant des échelles, qui aura le droit à son espace.

L'année dernière, en trois semaines, quelque 3000 visiteurs étaient venus découvrir Accrochage. C'est dire que le projet répond à une attente du public. A Genève, celui annoncé par Patrice Mugny s'annonce un peu différent. Là aussi, un jury interviendra, mais cadré par un règlement qui cherchera à renouveler les exposants d'année en année. Et surtout à favoriser clairement des artistes non retenus par le Mamco et autres lieux «contemporains» comme étant significatifs de l'art d'aujourd'hui. Le Musée d'art et d'histoire collaborera notamment avec le Carar, cartel des sociétés d'artistes du canton.

Accrochage [Vaud 2004], Musée cantonal des beaux-arts (pl. de la Riponne à Lausanne, tél. 021/316 34 45). Ma-me 11-18h, je 11-20h, ve-di 11-17h. Jusqu'au 19 février.