La Fondation vaudoise pour la culture a remis hier soir ses Prix, lors d'une cérémonie en la salle du Grand Conseil, au Palais de Rumine à Lausanne. Le Grand Prix, de 100000francs, a récompensé la plasticienne Silvie Defraoui, «artiste au long cours - de deux devenue une par le sort de la vie -, pionnière de l'art vidéo qui n'a cessé de s'interroger sur l'image et ses ambiguïtés, sur l'image et ses vérités multiples [...]», dit dans sa laudatio Anne-Catherine Lyon, présidente de la fondation et conseillère d'Etat. Ses louanges vont aussi «à la pédagogue sans relâche, à l'amie de générations d'étudiants, artistes devenus, à la femme d'ailleurs, de là et d'ici». Jolie formule pour dire l'engagement altruiste et cosmopolite de cette grande dame de l'art suisse.

La question de la mémoire

Née en 1935 à Saint-Gall, Silvie Defraoui, née Rehsteiner, partage son enfance entre cette ville et les Grisons. La Ville de Saint-Gall lui a décerné son Prix culturel en 2006. Mais c'est à Alger qu'elle étudie la peinture. Et à Genève qu'elle se forme en céramique: elle fera valoir ses connaissances en architecture aussi bien qu'auprès de la NASA pour des applications scientifiques. De 1960 à 1970, elle vit principalement en Espagne et commence à collaborer avec Chérif Defraoui (1932-1994), d'ascendance française et égyptienne. A partir de 1974, et durant vingt ans, le couple est la cheville ouvrière de la section médias mixtes de l'Ecole des beaux-arts de Genève. Silvie a reçu le Prix de la Ville de Genève en 2007. Elle a fait partie de la Commission fédérale des beaux-arts.

Son travail, comme celui de Shérif, relève d'une tendance qualifiée, dans les années 1970, deMythologies personnelles/Mythologies collectives. Mais avec Silvie, la collecte d'objets, la prise de photographies n'ont jamais tenu de la cueillette d'anecdotes. Elles questionnent le rôle des indices, la fonction de la mémoire, le devenir des symboles. Une manière de dire son intérêt pour les liens entre passé, présent et futur, son attention aux relations entre générations, son souci des apports mutuels entre cultures, occidentale et orientale. Ce qui explique l'importance qu'elle attache à la transmission des connaissances, tout en s'inscrivant dans la compréhension de celles d'autrui.