Le syndrome chinois frappe Locarno une nouvelle fois avec la remise du Léopard d'or au film de l'écrivain Wang Shuo. Comme l'indique le titre de cette œuvre intéressante, certes, mais distillant un léger parfum de déjà-vu, on en reste «Baba». Tournée en 1996 déjà, cette histoire d'une relation conflictuelle entre un père et son fils reste interdite en Chine. «La chose la plus terrible, affirme son auteur, c'est l'obligation d'aimer. Aimer ses maîtres, ses parents, les dirigeants, le pays.»

Mais le cinéma germanophone se taille la part du lion avec trois films récompensés. Très affecté par l'accueil sévère de la Piazza Grande, l'Allemand Philip Gröning peut se féliciter d'avoir découvert une jeune actrice épatante, Sabine Timoteo, qui a longtemps vécu à Lausanne. Elle reçoit le Léopard de bronze pour son rôle d'amoureuse impulsive dans le road movie qui assume un brin naïvement son titre en français: L'amour, l'argent, l'amour. Ce film exposant une révolte adolescente contre la froideur du monde et l'impureté de l'argent sortira bientôt sur nos écrans. Production berlinoise, Manila se rit de quelques voyageurs germaniques coincés à l'aéroport de Manille. Autant dire que la pilule a mal passé en Allemagne. «Mon film revit grâce à Locarno», a affirmé le réalisateur Romuald Karmakar en recevant son Léopard d'argent.

Un souffle brésilien

Le bronze encore pour les trois acteurs d'un film autrichien: avec Der Überfall, Florian Flicker explore sur un mode assez lourd les rapports de pouvoir entre trois hommes dans l'espace confiné d'une boutique. L'enfermement et l'oppression sont encore à l'œuvre – mais d'une manière beaucoup plus subtile – dans Gostanza da Libbiano de l'Italien Paolo Benvenuti, qui relate un procès en sorcellerie (Prix spécial du jury). Autre confinement, celui d'un quartier pauvre de Lisbonne menacé de destruction par les autorités. En filmant Dans la chambre de Vanda avec une petite caméra numérique, Pedro Costa reçoit une simple mention. Tourné en osmose avec Vanda, figure réelle de ce quartier encerclé par la police, ce film radical était sans doute le plus original de la compétition. Mais c'est encore la Chine qui s'illustre avec Little Cheung de Fruit Chan, récompensé d'un Léopard d'argent. Ce film charmant plonge un garçon de 9 ans dans les méandres serrés d'un Hongkong où… l'argent règne en maître.

Pour trouver du souffle, du large, des paysages grandioses, il fallait pourtant se rendre au Brésil avec le provocateur Sergio Bianchi. Son film dépeint un pays taxé de Chroniquement invivable par sa bourgeoisie, trop heureuse de s'affranchir ainsi de toute tentative d'améliorer la vie commune et celle des pauvres en particulier. Comme le signale un membre du jury: «Ce film est très riche sur le plan des idées mais la réalisation est trop plate.» Dommage pour cette œuvre effectivement moins maîtrisée que certains films primés mais ô combien passionnante, à l'image d'un Brésil en effervescence, bouillonnant de contradictions ironiquement soulevées par un cinéaste en lutte contre «la dictature de la félicité». Son film aura au moins convaincu le jury des jeunes, qui lui accorde un prix Environnement et qualité de la vie.