DVD

«Veep», la parodie politique en mode perçant

Fiction d’épisodes de 26 minutes sur les contrariétés d’une vice-président des Etats-Unis, «Veep» séduit par un ton original, grinçant mais sans jamais verser dans le cliché

Genre: DVD
Qui ? Série créée par Armando Iannucci (dès 2012)
Titre: Veep
Chez qui ? HBO

Au service de la parodie, les auteurs de Veep ne reculent devant rien. Même pas face à l’idée d’une crise de gastro-entérite contagieuse, qui touchera l’entourage de la vice-présidente des Etats-Unis, ainsi que celui d’un gros bonnet du Capitole, alors que tous deux et leurs équipes sont en pleine négociation sur une loi controversée. Et ce, peu avant la visite, programmée pour se montrer auprès de vraies gens, d’un glacier artisanal de Washington. Malaises intestinaux, remontées stomacales et menaces de relâchement du côté du sphincter empoisonnent le difficile exercice politique, plus encore celui de la représentation en public.

Pourtant, nulle vulgarité dans cet épisode-là, pas plus que dans les autres. Veep (pour V.P., vice-président) se pose dans un drôle de registre: la comédie grinçante mais pas décapante, qui ricane entre les lignes sans jamais écorcher ses personnages ou son univers. Une méchanceté délicate, une ironie parfois douce.

Fleuron comique du réseau câblé HBO, Veep est due à l’Anglais Armando Iannucci, qui, au début des années 2000, disposait de son propre «show». Il s’est illustré avec la remarquée The Thick of It, toujours en production mais dont il a quitté les commandes, et qui labourait déjà en partie le champ politique. Veep en est indirectement dérivée.

La première idée forte a été de choisir la vice-présidence plutôt que le poste au sommet du pouvoir américain. Julia Louis-Dreyfus incarne Selina Meyer, naguère sénatrice et candidate à la présidence, à présent confinée dans ce rôle dont le cahier des charges politique paraît plus indistinct qu’il n’y paraît. Meyer se bat pour une loi sur les technologies vertes et les «emplois propres». Il lui faut pourtant avaler quelques couleuvres, surtout la présence d’un représentant des pétroliers dans le comité concerné. Elle manœuvre, cette fois avec succès, pour imposer un ex-lobbyiste qui paraît quasi inoffensif. Mais voilà que le président, au demeurant invisible, change l’ordre du jour…

Les plus hautes sphères comme lieu d’étalage de ses propres maladresses, et comme source quotidienne de frustration: voilà le créneau qu’occupe Veep, suivant ainsi un choix original, renforcé par l’option du format de 26 minutes, cadre traditionnel de la comédie. Même si les existences privées des protagonistes ont leur importance, Veep ne parle pas de vies broyées par les exigences du pouvoir. Selina Meyer elle-même paraît davantage écrasée par ses trébuchements physiques ou intellectuels que par sa mission – puisque, précisément, celle-ci varie selon les humeurs du président, ou des parlementaires. La série de HBO ne donne pas dans la pédagogie de la vie politique ou la didactique du pouvoir; là, l’humour vient plutôt de ce qui échappe à la frénésie de contrôle des conseillers de la puissante femme, censée participer à la présidence de l’Amérique.

Couronnée lors des derniers Emmy Awards au titre de la meilleure actrice dans une série comique (lire aussi ci-contre), Julia Louis-Dreyfus s’installe dans ce rôle aux facettes de stupidité relative, d’impensable étourderie à ce niveau de responsabilités, et de failles, pourquoi pas, sympathiques. Elle porte, avec le sourire, la duplicité satirique de Veep, série dont l’humour ne se situe jamais tout à fait dans le cliché.

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