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Vendetta à Fribourg: l’accusé continue de clamer son innocence

Devant la Cour d’appel pénal de Fribourg, un trentenaire macédonien, condamné à la prison à vie en 2016 pour l’assassinat d’un Kosovar à Frasses, nie toujours son implication dans le crime

Agents en uniforme à l’extérieur, policiers en civil à l’intérieur, contrôles d’identité, fouilles, détecteurs de métaux. Le procès de ce mardi devant la Cour d’appel pénal de Fribourg est placé sous haute sécurité. La majestueuse Grande Salle du Tribunal cantonal, sise dans l’ancien couvent des Augustins, a fait le plein. C’est que l’affaire est retentissante. La justice doit traiter une nouvelle fois du tristement fameux assassinat de Frasses. Dans ce village de la Broye, le 11 mai 2013, Selim E., un trentenaire d’origine kosovare, était abattu devant sa famille dans le cadre d’une vendetta entre clans mafieux albanophones. Près de trois ans plus tard, en janvier 2016, deux suspects, Bashkim L. et Fljorin A., étaient condamnés à la prison à vie pour assassinat par le Tribunal de la Broye, verdict contre lequel ils ont fait recours.

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Mais ce mardi, devant la Cour d’appel, Fljorin A., Macédonien de 34 ans, est seul sur le banc des accusés, Bashkim L. s’étant évadé l’année dernière de la prison centrale de Fribourg. Lors de son audition, laborieuse et confuse, le prévenu a clamé une nouvelle fois son innocence. «J’ai été condamné pour un crime que je n’ai pas commis», a-t-il répété. Il met aujourd’hui en cause deux autres personnes, Bashkim L., toujours en cavale, ainsi que Rexhep K., un Kosovar qui sera assassiné à son tour en octobre 2013 dans son pays. «Les deux sont venus chez moi après le meurtre. Ils m’ont dit que c’étaient eux qui l’avaient fait», a raconté à la cour Fljorin A., sans pouvoir préciser qui avait tiré.

Peur des représailles

Intervenues seulement a posteriori de la condamnation en première instance, ces «révélations», notamment la mise en cause de Rexhep K., suscitent des questions. Pourquoi ne pas en avoir parlé lors du premier procès et avoir alors gardé le silence? «J’ai menti, oui, j’assume, s’explique Fljorin A., mais c’était par peur des représailles contre ma famille ou moi-même. Donner un nom vous met en danger. Vous ne connaissez pas ces clans…»

Le prévenu reconnaît néanmoins avoir accueilli chez lui les tueurs – par amitié – et leur avoir fourni des armes, mais sans connaître leur usage. «Quand on vend une arme, on ne demande pas à quoi elle va servir», se justifie-t-il. C’est en soufflant dans un silencieux pour en contrôler la qualité qu’il aurait ainsi laissé son ADN sur cette pièce retrouvée non loin du lieu du crime.

«Accusé par défaut»

«Mon client est ici par défaut, parce qu’il n’y a personne d’autre», avait lancé Yaël Hayat, avocate de Fljorin A. en début d’audience. Celle-ci avait alors demandé que des informations soient prises concernant une éventuelle enquête menée au Kosovo sur le meurtre de Rexhep K. survenu quelques mois seulement après celui de Frasses. Elle ne comprend pas ce «désintérêt glaçant» sur une affaire qui fait résonance avec celle de Frasses. La requête a cependant été rejetée par le tribunal.

Les avocats de Fljorin A. ont enfin pointé du doigt le procureur général Fabien Gasser, qui avait dans un premier temps envisagé de renvoyer le Macédonien pour complicité et infraction à la loi sur les armes, avant d’opter pour l’assassinat, passible de la plus lourde peine du Code pénal. Les plaidoiries et la lecture du jugement sont prévues la semaine prochaine.

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