Une table de verre, des têtes de mort et des vases de cristal noirs. Les symboles qui rappellent la fin de toute chose. Au mur, des dessins brodés sur soie, dont la précision trouble la surface brillante du tissu. Angelo Filomeno, 46 ans, né en Italie mais installé à New York, détourne avec un savoir faire exquis les matériaux du luxe pour les faire passer de l’autre côté du miroir, comme ces artistes du XVIIe et du XVIIIe siècle peignant des natures mortes aux verres transparents ou aux citrons dont perle une goutte dont la minutie provoque le malaise, et des crânes entourés de fruits et de vin, ces «memento mori» qui décoraient les salons des riches et des ecclésiastiques. A la galerie Lelong, une vieille tradition de l’art de la contre-réforme est remise au goût du jour dans un cadre qui lui convient, la fête de l’art et des collectionneurs. La séduction des matériaux nobles (soie et cristal) et d’une fabrication sans faille est contrariée par la brutalité des images qui remettent la mort au milieu des plaisirs. Autrefois, dans la splendeur des palais, les «memento mori» accompagnaient les puissants jusqu’au cœur de leur existence avec leur consentement. Ils possédaient; cela aussi. Le double jeu. Angelo Filomeno sait je l’espère, comme savaient déjà les artistes à l’époque de l’ancien régime, qu’il s’adresse à des personnage dont le principal plaisir sera de s’extasier à la vue de cette précieuse beauté, et de la brandir comme un symbole de leur richesse plutôt que de leur vanité.

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Vendredi 10h, «Container Ship», 2009

Tatjana Doll, Container Ship, 2009, émail et acrylique sur toile, 900 X 960 cm., galerie Christina Guerra, Lisbonne et galerie Gebr. Lehmann, Dresde / Berlin. (Eddy Mottaz)

Il y a des choses gigantesque, des objets brutaux qui pointent leur nez aux carrefours, de gros camions, des voitures de sport. Il y a des avions qui décolent dans un bruit d’enfer, qui se soulèvent de terre et, malgré leur puissance, dont on espère qu’ils atterriront. Il y a du mobilier urbain, agressivement visible, genre récipients monumentaux peints de couleur vive pour distinguer les déchets de diverses catégories. Ou encore des panneaux indicateurs en nombre si excessif qu’il est impossible de les lire avant d’avoir passé son chemin. Tatjana Doll, 39 ans, Allemande, est très à l’aise avec ce tohubohu. Elle le peint en grand format, une sorte de carte des encombrements visuels à la taille du territoire. Dans la section Art Unlimited, elle expose la poupe d’un porte-containers, avec en grosses lettres le nom du cargo. Un empilement impressionnant de quelque vingt cinq peintures de 1 mètre 90 par 1 mètre 60 dans la halle 1 de la Messe. Le propos n’est pas uniquement la reproduction figurative d’un de ces transporteurs maritimes qui sillonnent aujourd’hui la planète. Chacun des containers à son graphisme, sa couleur, sa physionomie; une individualité visuelle qui les rend presque sympathiques. Tatjana Doll fait l’inventaire des objets urbains et industriels qu’elle peint plein cadre jusqu’au bord de ses toiles, le nez sur la chose, sans paysage ni fanfreluches. Le vertige de la disproportion dans laquelle nous vivons. Une lutte avec ces anges machines. Une fascination des transports, au sens propre comme au figuré.