Richard Quest a la voix plus étrange encore «dans la vie» qu'à l'antenne. J'ai rencontré le journaliste de CNN à la pomme d'Adam très bas placée mercredi à Londres. A l'occasion de ses 25 ans, la chaîne qui a fait exploser la planète de l'information télévisuelle a organisé des tables rondes avec certaines de ses vedettes. Richard Quest en fait partie. La preuve: engagé comme présentateur des informations économiques, il est devenu celui qui accueille les téléspectateurs le matin (le prime-time de CNN). Dès juillet, il aura sa propre émission. Elle s'appelle Quest, tout simplement. «Un talk-show sans sofa», résume-t-il. Il nous en a diffusé un extrait.

Lui qui a l'habitude de porter à l'antenne des bretelles sur une chemise à col blanc se présente, harnaché d'un baudrier, en pleine ascension d'une paroi. Thème de sa «quête»: la grandeur spirituelle d'un homme est-elle innée ou acquise? De sa paroi, il saute à une interview de Bill Clinton, puis de Desmond Tutu. Avant d'aller parler avec le Dalaï-Lama en imitant son jeu de main expressif, il passe par un scanner, histoire qu'un neurologue puisse lui parler de son cerveau et de ses propriétés. Il apprendra au détour que, non, il n'a pas les prédispositions pour être un grand mathématicien.

Mon confrère suisse alémanique, une fois la projection terminée, s'est inquiété d'une chose. «Ne pensez-vous pas, a-t-il demandé à Richard Quest assis en face de lui, qu'il y a un risque de confusion pour le téléspectateur si vous mélangez le rôle de journaliste avec celui d'animateur?» L'Anglais a fait une réponse polie dont j'ai oublié les détails. La question m'avait plongé dans cette réflexion: sous les contrées qui me sont familières, la télévision est née sous l'impulsion de réalisateurs. Elle a grandi comme le support des convictions de journalistes. Pour intéresser aujourd'hui, elle doit se transformer en télévision d'animateurs. Animateur d'informations; les Anglo-Saxons disent «anchor man». Dans plusieurs télévisions le rôle reste à inventer.