Cinq films en compétition officielle, trois autres hors concours, sans compter les œuvres dans les autres sélections. Le cinéma italien a brillé autant qu’il a surpris ces dix derniers jours durant la 78e Mostra de Venise, qui s’est achevée samedi soir. Les films de l’oscarisé Paolo Sorrentino (La Main de Dieu) ou encore des frères jumeaux Damiano et Fabio D’Innocenzo (America latina), promesses du cinéma transalpin, étaient parmi les plus attendus. Le festival a aussi primé un enfant du pays, le Lion d’or à la carrière ayant été attribué à Roberto Benigni.

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Si Le Lion d’or de la compétition est finalement allé à la Française Audrey Diwan pour L’Evénement, Paolo Sorrentino s’est vu décerner le Lion d’argent Grand Prix du jury pour son film, qui sera diffusé sur Netflix mais sera auparavant présenté en salles lors du prochain Zurich Film Festival. Le jeune acteur lombard Filippo Scotti a, quant à lui, reçu le Prix Marcello Mastroianni du meilleur espoir pour son rôle dans La Main de Dieu. Enfin, le cinéaste Michelangelo Frammartino a obtenu le Prix spécial du jury pour Il Buco.

«Une richesse d’offres et de styles très positive»

Le cinéma italien est ainsi aujourd’hui «en état de grâce», s’est même étonné d’écrire, à quelques jours de la conclusion du festival, le critique Paolo Mereghetti. Ce journaliste du Corriere della Sera couvre la Venise cinématographique depuis plus de quarante ans et est l’auteur des principaux dictionnaires du cinéma depuis le début des années 1990. S’il répète être surpris par «la richesse» des films italiens qu’il vient de voir à Venise, c’est que, certainement, le cinéma au sud des Alpes est en train de renaître.

«Cette richesse d’offres, de styles, d’ambition, de publics visés me semble très positive, se réjouit le chroniqueur. Nous sortons d’une séquence de films tous pareils, pauvres, sans aspiration.» Paolo Mereghetti est ainsi resté frappé par la «sincérité avec laquelle Paolo Sorrentino s’est mis en jeu, par cette envie de se confesser et de réfléchir de manière si évidente sur certaines qualités et certains défauts de son cinéma jusqu’à présent.» Le réalisateur de La Grande Bellezza «s’est mis en discussion», ajoute le critique. La Main de Dieu, disponible sur Netflix en décembre prochain, relate le drame personnel vécu par le cinéaste dans sa Naples des années 1980.

Trois films pour Toni Servillo et Silvio Orlando

La «fresque historique» qu’est Qui rido io, le biopic réalisé par Mario Martone – un cinéaste déjà primé sur les rives de la lagune – sur le comique napolitain du début du XXe siècle Eduardo Scarpetta, a également enthousiasmé le journaliste Paolo Mereghetti. Ce dernier a apprécié la «capacité de Martone de raconter le monde du théâtre et de la créativité d’il y a un siècle, mais ayant un écho aujourd’hui». Mais le critique a surtout été marqué par Ariaferma, de Leonardo Di Costanzo, film ayant «l’ambition de parler du monde carcéral en affrontant les problèmes des hommes, prisonniers et gardiens, qui le composent». Ce film, coproduit par la Suisse, a mérité la sélection, commente le rédacteur.

Malgré les différences notoires de style et de thèmes abordés, ces trois films partagent deux qualités: les acteurs Toni Servillo et Silvio Orlando, connus à l’étranger pour les rôles de Jep Gambardella dans La Grande Bellezza pour le premier et du cardinal Angelo Voiello dans la série The Young Pope pour le second, deux réalisations de Paolo Sorrentino. Ce sont «certainement deux grands comédiens mais, dans le cas du premier, parfois pas utilisé au mieux», affirme Paolo Mereghetti. Le tapis rouge vénitien les a ainsi vus défiler à plusieurs occasions. Celui-ci a aussi été foulé par des promesses confirmées telles qu’Alessandro Borghi, Pietro Castellitto ou encore Luisa Ranieri.

Les premiers jours d’un nouvel âge d’or?

Mais ces stars italiennes n’ont pas fait le poids face aux étoiles américaines, telles que Timothée Chalamet, débarqué à Venise pour présenter le Dune de Denis Villeneuve. Malgré la qualité affichée lors de cette 78e Mostra, le cinéma italien a démontré qu’il manquait encore d’un élément essentiel. «Un authentique star-system, la capacité de transformer la bravoure en popularité, en force attractive», écrivait dans les colonnes du Corriere Paolo Mereghetti.

Il reste donc à savoir si l’enthousiasme suscité dans la lagune par le cinéma transalpin sera ensuite partagé par les Italiens au box-office. Alors seulement pourra-t-il même prétendre concurrencer Hollywood, du moins «son cinéma indépendant se confrontant avec les idées et le public, espère le critique. Il y eut un temps où notre cinéma était le deuxième au monde…» A Venise, est-il entré dans les premiers jours d’un nouvel âge d’or?