Venise, son pont des soupirs, ses vaporettos, ses peintures du Titien, mais aucune mosquée. Sauf que non. Depuis jeudi, dans le cadre de la 56e Biennale, la Sérénissime accueille pour la première fois de son histoire un lieu de culte musulman. Il est installé dans une ancienne église désacralisée – Santa Maria dell’Abbazia della Misericordia – fermée à ses ouailles depuis 40 ans. A l’origine de cette initiative on trouve l’artiste suisse Christoph Büchel. Invité par la curatrice Nína Magnúsdóttir pour occuper le pavillon national de l’Islande, c’est lui qui a décidé de dédier temporairement au prophète le petit édifice catholique construit au Xe siècle. A l’intérieur, plusieurs imams organiseront à tour de rôle l’accueil et les prières jusqu’à la fin de l’exposition d’art contemporain, le 22 novembre. L’artiste suisse veut ainsi montrer qu’en dépit de l’absence de mosquée, l’Islam à exercer une profonde influence sur l’histoire et la culture vénitienne.

Ce n’est pas la première fois que Christoph Büchel, dont l’œuvre se nourrit de l’état politique du monde, prend la religion musulmane pour sujet. En 2007, lors d’une exposition à l’antenne londonienne de la galerie zurichoise Hauser & Wirth, il avait fait fabriquer des tapis de prière tissés de motifs se rapportant aux attentats du 11 septembre. Et rapidement susciter la controverse. Les autorités italiennes, elles, craignent surtout que la Mosquée della Misericordia attisent les menaces extrémistes. Elles ont averti l’Icelandic Art Centre, à l’origine de l’invitation, que l’intervention artistique met en péril la sécurité de la cité.