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Le Pavillon suisse de la Biennale de Venise voit des artistes contemporains rendre hommage et dialoguer avec Giacometti 
© Gaetan Bally/Keystone

Exposition

A Venise, sur les traces d’Alberto Giacometti

La Biennale de Venise ouvre ses portes ce week-end. Le pavillon suisse, inauguré ce vendredi en présence du conseiller fédéral Alain Berset, voit des artistes d’aujourd’hui dialoguer avec le sculpteur grison

La Biennale de Venise, version art contemporain, ouvre au public ce week-end, prête à accueillir un bon demi-million de visiteurs d’ici au 26 novembre. Mais ces derniers jours, il y avait déjà foule. Les collectionneurs, prêts à débourser pour voir parmi les premiers ce qui reste la plus extraordinaire exposition au monde, nourrissaient – plus encore que les professionnels et journalistes – les longues queues pour entrer dans les Giardini, visiter certains pavillons, ou, plus trivialement, obtenir un café ou passer aux lavabos.

A l’entrée des Giardini, la Suisse a invité Alberto Giacometti. Il n’avait plus les moyens de décliner, ce qu’il aurait fait plus d’une fois de son vivant. Non pas que l’artiste grison ne figure pas dans la grande histoire de la Biennale. Il y est venu dès 1920 avec son père, le peintre Giovanni Giacometti, qui y était invité. Il y représentera lui-même la France en 1956, et la manifestation lui décernera en 1962 un Grand Prix de la sculpture, liée à une exposition personnelle. Mais on n’a jamais pu voir son œuvre représenter officiellement la Suisse, même si c’est son frère Bruno qui a édifié l’actuel bâtiment en 1952.

Femmes de Venise

Cet hommage à Giacometti pourrait paraître trouble. Il est en tout cas indirect puisqu’il est fait par l’intermédiaire d’artistes qui ne tombent aucunement dans la dévotion. Le curateur Philipp Kaiser, qui œuvre le plus souvent du côté de Los Angeles, a en fait invité la sculptrice américaine Carol Bove, née à Genève en 1971, et un duo formé par Teresa Hubbard et Alexander Birchler.

Carol Bove tisse un lien qu’on pourrait dire spatial avec l’œuvre du Grison. Elle n’est aucunement figurative, mais évoque clairement le souci du dispositif qu’avait l’artiste suisse. Elle se réfère à cette petite peinture surréaliste, presque un dessin, de 1932, titré Le Palais à 4 heures du matin, évocation d’un dispositif scénique. Elle s’est aussi souciée du dispositif des Femmes de Venise, qui donne son nom à l’ensemble de l’exposition du pavillon suisse, dans le fameux anglais confédéral et international, Women of Venise. Cette série de statues féminines a été présentée en 1956 dans les Giardini et la Tate Modern se fait une fierté de la présenter dans la grande exposition Giacometti ouverte cette semaine à Londres. Dans leur énergie, leur élan, la manière dont le visiteur est amené à passer entre elles, les sculptures de Carol Bove ont quelque chose de Giacometti. Mais elles restent sans concession de la facture de l’Américaine, avec leur système de collage et ce bleu intense, presque un bleu piscine, choisi pour la plupart des pièces.

L’amour américain de Giacometti

Teresa Hubbard et Alexander Birchler se sont eux plus directement confrontés à l’histoire d’Alberto, jeune sculpteur autour de 1930 à Paris. Le couple s’est plus précisément penché sur sa relation avec une sculptrice américaine tombée dans l’oubli, Flora Mayo, dont il a fait le portrait en plâtre légèrement coloré, face lunaire, quasiment en deux dimensions. Les deux artistes ont retrouvé le seul enfant survivant de cette femme, né en 1935, soit deux ans après son retour aux Etats-Unis. David n’a compris que tardivement qui était ce Giacometti que sa mère lui avait dit avoir connu dans sa jeunesse. Qui donc était cette femme aimée? Le film réalisé par Teresa Hubbard et Alexander Birchler en sculpte le portrait par petite touche, lui prêtant voix, complétant son récit par celui de son fils. Jeune divorcée qui avait laissé sa petite fille aux Etats-Unis, mélange de force et de faiblesse, élève de Bourdelle, elle retournera aux Etats-Unis en abandonnant ses œuvres lorsque la crise ruinera sa famille qui lui envoyait de quoi vivre à Paris. Elle fera toute sa vie des petits boulots mal payés.

A consulter: A Venise, la Biennale met le monde sens dessus dessous

Dans les images qui se tissent entre documentaire et fiction, Alberto est là en amant, en danseur enlaçant, toujours de dos, avec ses belles boucles sombres. Il est là aussi dans la pièce voisine, sur une photographie d’époque où on le voit avec Flora Mayo, avec son portrait sculpté par la jeune femme. L’œuvre disparue a été reconstituée pour cette exposition de la Biennale. C’est donc plus Alberto que Giacometti qu’on croisera cet été à Venise.

Et au pavillon français…

Bien sûr, on pensera aussi à son destin vénitien tout en haut de l’allée ouverte par le pavillon suisse. On y trouve le pavillon français, où il a exposé celles qui resteront dans l’histoire comme les Femmes de Venise. Cette année, il a été complètement transformé dans son intérieur par Xavier Veilhan. Et ce sont justement deux Suisses – eux aussi peu enclins à se laisser emprisonner dans cette classification nationaliste – qui sont commissaires de cette pièce immersive, Lionel Bovier, directeur du Mamco de Genève, et l’artiste Christian Marclay, qui a apporté son savoir et son réseau musical. Dans cette sculpture géante qui sent bon le bois frais, studio permanent où s’enregistrent sans cesse de nouvelles improvisations, l’art est total et le visiteur en jouit pleinement.


Biennale de Venise, jusqu’au 26 novembre.

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