Le peintre Léopold Robert (Les Eplatures 1794-Venise 1835) conserve une grande avenue à La Chaux-de-Fonds. Et aussi une rue à Paris, dans le quartier de Montparnasse. Plusieurs de ses toiles sont au Louvre, pas loin de la foule des admirateurs de la Joconde. Plus rares sont ceux qui s’arrêtent aujourd’hui devant L’Arrivée des moissonneurs dans les marais pontins (1831), le tableau qui fit du peintre neuchâtelois la coqueluche du tout-Paris et des cours européennes. Quelques années après ce succès fracassant, il a fini ses jours, tragiquement, à Venise.

Jean-Bernard Vuillème est parti sur ses traces dans les ruelles de la Sérénissime. Et on le suit volontiers dans le dédale de cette existence enfouie, recouverte par l’oubli. La Mort en gondole s’ouvre sur un narrateur en pleine «crise d’obsolescence» qui laisse sa vie derrière lui en prenant le train pour Venise. «C’est une fugue sénile», analyse-t-il lucidement: «Je vivais sur mes acquis. Comment vivre sans s’accrocher à ce que l’on possède? Il aurait fallu sentir le point de rupture entre le temps de l’expansion et le temps du repli et me retirer petit à petit, pas à pas, au lieu d’attendre que l’eau monte jusqu’au menton pour me mettre à nager comme un forcené. Le monde vous rattrape, vous dépasse et vous n’existez plus.»