Si les Avengers étaient un tartare de saumon à la mangue, ou une Fugue de Bach, ou une pensée de Pascal, alors Venom serait un poisson pané figé dans la graisse, ou une éructation punk, ou un graffiti de pissotière… Marvel distingue l’aristocratie (Iron Man, Thor, Captain American…) de la gueusaille (Deadpool). Venom, c’est la fange du superhéroïsme. Apparu comme le double maléfique de l’homme-araignée dans Spider-Man 3 (2007) de Sam Raimi, il s’est payé une échappée solo en 2018 dans un film d’une grande laideur. Il est de retour, moche comme au premier jour.

Eddie Brock (Tom Hardy), journaliste minable, s’est chopé ce symbiote comme on attrape un virus en furetant dans une usine d’ingénierie génétique consacrée au développement de cellules extraterrestres. Avec sa tête bitumineuse et sa gueule pleine de crocs, avec sa férocité irrépressible et sa faim insatiable, l’indésirable a un air de famille avec Alien. Il est toutefois plus grotesque, plus tentaculaire et complètement métamorphe. Quand commence Venom (Let There Be Carnage), il forme avec Eddie un vieux couple plein d’aigreur. Il faut dire que Venom est pénible: il bâfre, braille, réclame des cervelles humaines et met la maison à sac lorsqu’il prépare le breakfast. Le divorce est prononcé: le parasite quitte son hôte et part battre la campagne.

Criminel multirécidiviste

Auparavant, Eddie Brock avait visité Cletus Kasady (Woody Harrelsome), un criminel multirécidiviste condamné à mort. Au cours de l’entrevue, le fou furieux mord la main du journaliste. Lorsqu’on procède à l’injection létale, le poison interagit avec le sang ingéré et alors apparaît Carnage, un Venom puissance 10 et rouge qui plus est. Les circonstances appellent une comédie trash de remariage: Venom 1er retrouve Eddie pour rejouer le dernier acte l’éternel combat du Bien et du Mal. L’affrontement a lieu dans une cathédrale où Cletus célèbre ses noces avec Frances Barrison (Naomie Harris), son amour de toujours, une mutante dotée du cri qui tue. Faut-il préciser que le Bien l’emporte et qu’il ne reste que des miettes de la cathédrale au terme de la cérémonie nuptiale?

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Réalisé par Andy Serkis, acteur spécialisé dans le motion capture (il a été Gollum et King Kong), ce produit Marvel bas de gamme procède d’une surenchère pénible et s’avère effroyablement laid, sanglant et bruyant. Si le fils de Venom s’appelle Carnage, quel sera le nom de ses petits-enfants? Massacre ? Génocide? Extinction massive? On se réjouit…


Venom (Let There Be Carnage), d’Andy Serkis (Etats-Unis, Royaume-Uni, Canada, 2021), avec Tom Hardy, Woody Harrelsome, Michelle Williams, 1h37