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Mélanie Thierry dans «Le Vent tourne».
© DR

Cinéma

«Le vent tourne», l’amour s’envole

Une éolienne brise un couple d’agriculteurs jurassiens dans un drame rural contemporain mis en scène par Bettina Oberli

L’eau inonde les premières images d’un film qui va citer les quatre éléments, la terre nourricière, le feu qui vient à s’éteindre et le vent qui emporte les rêves. Alex (Pierre Deladonchamps) et Pauline (Mélanie Thierry) rassemblent le troupeau sous l’orage et trouvent un veau mort-né – «Il n’a pas pris son premier souffle.» Ils habitent dans une ferme isolée, essaient de vivre en accord avec la nature et leurs principes.

Cet été-là, deux événements viennent rompre la routine laborieuse du couple. Ils accueillent une jeune Russe de Tchernobyl, venue se refaire une santé au bon air du Jura, et Samuel (Nuno Lopes), l’ingénieur qui vient installer une éolienne, Alex voulant renoncer à l’électricité sale. Leur présence conforte Alex dans son dogmatisme et révèle une carence affective chez Pauline.

Le cinéma suisse doit à Bettina Oberli un de ses plus gros succès, Les mamies ne font pas dans la dentelle. Mais la réalisatrice bernoise a une face plus sombre qu’elle exprime dans La ferme du crime ou Le vent tourne. Ce film, présenté sur la Piazza Grande, réactive le drame rural tel que Ramuz a pu l’exprimer dans La grande peur dans la montagne ou Fredi M. Murer dans Höhenfeuer, en l’inscrivant dans le contexte contemporain de l’agriculture biologique et les interrogations que suscite la prise de conscience écologique. Quand une vache est malade, faut-il recourir aux antibiotiques ou appeler le guérisseur? Soucieux de l’avenir de la terre, Alex, dans une crise de désespoir, brandit la faux des danses macabres d’autrefois. L’énergie éolienne est enthousiasmante, mais le mât à hélice moche et bruyant. La modulation mécanique qu’il fait entendre est un chant d’avenir, c’est aussi la voix de la culpabilité. Au milieu de la nuit, Pauline sabote la merveille technologique.

Gouffre mortel

Le film multiplie les ambiguïtés. Des phrases anodines, comme «C’est un projet, l’autonomie» ou «A chaque chantier son histoire», révèlent leur double sens. La réalisatrice sublime l’ambivalence de la nature, ces placides pâtures jurassiennes que la nuit transforme en fantasmagories gothiques, la silhouette des forêts de sapins tranchant l’horizon comme des lames ébréchées. Quand le brouillard monte, le Creux-du-Van est un gouffre mortel. Par temps clair, le cirque rocheux s’ouvre sur de vastes espaces à découvrir. Car Bettina Oberli a l’élégance de privilégier le récit d’émancipation plutôt que la love story.

Mélanie Thierry est de nouveau impressionnante. Fort en dépit de son apparence gracile, son personnage laisse entrevoir la colère couvant sous la douceur et les frustrations qui s’installent au cœur du bonheur. La musique étrange et mélancolique d’Arnaud Rebotini parfait cette églogue douce-amère.

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