Avec une représentation annulée et deux autres données vaille que vaille devant un public clairsemé, les débuts du spectacle Orbite au bord du lac, à Dorigny, n'ont pas été enchanteurs. Ainsi, vendredi soir, depuis les 17 mètres de hauteur de leurs deux ailes de métal en mouvement presque continuel, les six danseurs de la troupe öff öff devaient eux-mêmes voir un drôle de spectacle. A leurs pieds, seules quelques dizaines des chaises longues prévues pour pouvoir admirer la représentation le nez en l'air étaient occupées par des spectateurs tout grelottants, le nez dépassant à peine des parkas et des couvertures. Le tissu rayé des autres transats flottait au vent.

Une partie du spectacle a aussi pâti des bourrasques venteuses. La structure ailée, comme traumatisée par la violence des éléments, ne répondait pas aux demandes des danseurs, qui sont normalement ses seuls moteurs, ses seuls freins. Les deux plans s'inclinent, tournent selon les déplacements et les élans des six interprètes, selon une chorégraphie mise au point avec eux par Heidi Aemisegger.

L'Appenzelloise a voulu que ce spectacle soit une métaphore de la vie, des recherches d'équilibre et de recentrage que celle-ci demande à chacun pour être bien avec les autres et avec soi-même. Belle ambition, encore plus clairement exprimée dans le climat irréel de ce début juin. Et justement, le mauvais temps soulignait à quel point Orbite réussit dans l'abstraction chorégraphique et échoue en se rapprochant du théâtre.

Palette de couleurs

Bien sûr, les voix se perdaient dans le souffle de l'air, qui parfois faisait en plus grésiller les haut-parleurs. Bien sûr, le froid devait quelque peu tétaniser les artistes, le vent les déséquilibrer et leurs mouvements perdre ainsi leur fluidité. Mais il était encore flagrant que le spectacle perdait de sa consistance quand il voulait représenter, mimer, et non pas évoquer.

A l'heure où le ciel s'assombrit, Orbite offre des images belles à s'en pâmer. Les lumières de Brigitte Dubach peignent magnifiquement le métal des ailes dans une palette de couleurs qui donne à chaque fois une nouvelle ambiance. De plus, Orbite bénéficie ici d'un arrière-plan panoramique qu'il sera difficile d'égaler. Même si öff öff prévoit de monter sa structure à Genève pour La Bâtie cet automne, ce décor fait que c'est à Lausanne qu'il faut aller voir la troupe cet été.

La musique et les chants composés et interprétés par Markus Gfeller et Hannah E. Hänni donnent à la fois de la substance et de la légèreté aux performances des acrobates. Deux d'entre eux, la Genevoise Lucie Pasquier et la Finlandaise Jenni Arne, prennent aussi le micro pour entonner une chanson depuis les cieux, comme adressée à la lune. La semaine dernière, on les entendait difficilement. Peut-être demandaient-elles au vent de se faire plus clément. Il semble en tout cas qu'il ait entendu et que les soirées au bord du lac se feront désormais plus agréables. Un restaurant éphémère permet d'ailleurs de prolonger la soirée.

Orbite au Centre sportif UNIL EPFL, à Dorigny-Lausanne. Ma-me-je-ve-sa à 21h15. Jusqu'au 22 juillet (loc. Fnac, TicketCorner et http://www.orbite.tv). Tél. 078/867 74 69 en cas de mauvais temps.