Il existe en Suisse romande des amateurs d'art et des collectionneurs passionnés. A l'ouverture du Salon de Mars de Genève il y a une dizaine de jours, on se demandait dans ces pages s'ils allaient se décider à acheter chez eux ce que beaucoup ont pris l'habitude d'aller chercher ailleurs (lire Le Temps du samedi 1er avril). C'était la clé de la réussite de cette nouvelle foire d'art créée à Paris en 1989, et qui a interrompu ses activités en 1996.

La réponse est positive. Dimanche en fin d'après-midi, Viviane Jutheau de Witt, son organisatrice avec Daniel Gervis, se réjouissait de constater que les allées étaient pleines et elle exprimait sa bonne humeur par cette jolie expression: «Cela bruit de monde». Avec au moins 15 000 visiteurs en neuf jours, le Salon de Mars obtient un score considérable pour une exposition de ce type en Suisse romande. Et Viviane Jutheau de Witt ajoute: «Nous avons eu les gens que nous avions envie d'avoir.» En clair: de nombreux acheteurs.

Le Salon de Mars avait plusieurs atouts. Un mélange de galeries d'art classique, moderne et contemporain, avec des marchands d'antiquités, d'art «primitif» (d'Afrique, d'Océanie et d'Amérique du Sud), d'horlogerie ou d'orfèvrerie de collection. Son plateau de 70 galeries environ, la plupart de très bon niveau. Et, enfin, un marché stimulé par la situation économique. Mais il se trouvait face à une inconnue, sa capacité à transformer ses atouts en succès.

Transformation réussie pour le mobilier du XVIIIe siècle chez le grand spécialiste Camille Bürgi (Paris). Pour Claude Lagoutte (décédé en 1990) et ses subtiles peintures à la galerie Le Troisième Œil (Paris et Bordeaux). Pour les arts «primitifs» chez Philippe Guimiot (Bruxelles), Ratton-Hourdé (Paris) ou Mermoz (Paris). Simon Studer (Genève), dont le stand était organisé comme un cabinet d'amateur, a vendu un Giacometti, un Balthus, et un Wilfredo Lam. La Bouquinerie de l'Institut (Paris), des estampes et des sculptures de Miró, ainsi que les meubles extravagants de Xylos. Krugier-Ditesheim, un magnifique dessin de Fernand Léger, un totem de Gaston Chaissac, ou encore une stupéfiante peinture de Louis Soutter.

Mais le plus sûr indice de la réussite de cette première édition genevoise, ce sont les intentions des marchands pour celle de l'année prochaine. La plupart ont fait savoir qu'ils seraient là, et plus d'une trentaine de demandes d'inscription ont déjà été enregistrées, avec l'espoir de faire de cette manifestation, encore trop franco-suisse cette année, un véritable Salon international.