Le travestissement

«Le rôle qui m'a le plus marquée au théâtre, c'est Orlando de Virginia Woolf que j'ai joué en 1993, sous la direction de Bob Wilson. Cette expérience a été unique. Jamais je n'avais connu un tel sentiment de liberté. Dans Orlando, j'ai pu aller jusqu'au bout du travestissement, fantasme cher à toute actrice, en me transformant en homme, en devenant l'«autre».» (Paris Match, octobre 1997)

L'innocence

«Si Sarah Kane n'était malade que d'elle-même, si elle ne s'intéressait qu'à cette part-là d'elle-même, elle ne serait évidemment pas coupable, mais beaucoup moins intéressante. Ce qui rend le texte profondément politique, c'est que Sarah Kane, malade d'elle-même, est aussi malade du monde. Je ne dis pas que c'est le monde qui l'a rendue malade, mais elle a voulu aussi rendre compte de l'état du monde. Sa part d'innocence a été de penser que le théâtre pouvait changer, peut-être pas le monde, mais certaines personnes. Elle a vraiment voulu croire en cela. Elle a cru dans l'écriture, elle a cru dans le théâtre. Qu'elle ait eu cette croyance en ce qu'elle faisait témoigne d'une certaine innocence. C'est pour cela qu'elle est vraiment touchante. Plus que touchante.»

(Le Monde, septembre 2002).

Le venin

«Je suis un peu comme le scorpion qui s'inocule son propre venin. Je cherche toujours les zones d'ombre, celles où se cache le noyau dur du personnage, sa rébellion. Il y a rarement de la gentillesse dans les héroïnes que je choisis d'incarner. Ce sont, dans tous les cas, des irréductibles.» (Paris Match, octobre 1997)

La maîtrise

«J'ai souvent joué des situations de maîtrise, mais l'acteur est toujours à la fois dans la maîtrise et dans l'instantané, qui implique l'absence de maîtrise. Il est toujours à la croisée de l'état de conscience et d'inconscience. S'il était totalement dans l'abandon ou dans l'absence de contrôle, il ne serait plus acteur, mais délirant. La difficulté, évidemment, avec une pièce qui s'appelle 4. 48 Psychose, c'est que la frontière s'abolit un peu. On est tout près du délire, mais on n'y est pas. J'espère.»

(Le Monde, septembre 2002)