Extraits du discours de Naipaul devant l'Académie suédoise, vendredi 7 décembre.

«Je suis toujours mû par la seule intuition. Je n'ai pas de système, littéraire ou politique. Je n'ai pas de principe politique directeur. Sans doute à cause de mon ascendance. L'écrivain indien R. K. Narayan, mort cette année, n'avait pas d'idées politiques. Mon père, qui écrivait ses histoires à une époque très sombre, et sans la moindre récompense, non plus. Peut-être parce que nous sommes restés loin de l'autorité pendant des siècles. Cela nous donne un point de vue particulier. J'ai le sentiment que nous sommes plus enclins à voir l'humour et la pitié des choses. […] J'approche maintenant de la fin de mon travail. Je suis heureux d'avoir fait ce que j'ai fait, heureux de m'être avancé dans la création aussi loin que j'ai pu. Grâce à la manière intuitive dont j'écris, et aussi à la nature déconcertante de mon matériau, chaque livre s'est révélé une bénédiction. Chaque livre m'a éberlué; jusqu'au moment d'écrire je ne savais jamais qu'il était là. Mais le plus grand miracle pour moi, c'était de commencer. J'ai le sentiment – et l'angoisse est toujours présente pour moi – que j'aurais aisément pu échouer avant d'avoir commencé.»

Traduction: Philippe Delamare