Toutes les vocations sont dans la nature. De la câlinothérapeute au verbicruciste, en passant par le gardien de château, ceux qui embrassent ces métiers insolites demeurent souvent dans l’ombre. Chaque semaine de l’été, «Le Temps» a choisi de les mettre en lumière.

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«Derrière les mots»: ce message, inscrit en blanc sur noir sur son t-shirt, annonce la couleur. La même, d’ailleurs, que celle des grilles qu’il concocte. Jean Rossat est verbicruciste, c’est-à-dire auteur de mots croisés. Si, si, c’est un métier, a-t-il pour habitude de rétorquer. Entre 1995 et 2009, ce Haut-Savoyard a publié, rien que dans les pages du Journal de Genève puis celles du Temps, quelque 400 de ces casse-têtes.

Cent cases (10 x 10), dix définitions pour autant de mots mystères. Jean Rossat est maître dans l’art de composer ces mosaïques du verbe, où chaque lettre est à sa place. Un goût qu’il développe enfant déjà, en observant sa mère jouer aux mots croisés. «A 10 ans, chose plutôt rare, j’aimais la grammaire!»

Fausses pistes

D’abord formé comme journaliste, il publiera parallèlement des articles et des grilles de mots croisés dans la presse régionale. Suite à un licenciement à la fin des années 1980, Jean Rossat décide de devenir verbicruciste indépendant à plein temps. Mais il n’oubliera jamais son premier métier: c’est en s’inspirant de l’actualité qu’il crée aujourd’hui ses grilles thématiques.

Tout commence par un mot qui lui plaît, placé à la verticale: ce sera la colonne vertébrale. Puis un second, pour former un «L», ou une «potence». La suite peut parfois couler en 45 minutes à peine, sans même l’aide d’un dictionnaire. «Comme un ébéniste, c’est une adresse qu’on acquiert avec le temps. Je sais par exemple immédiatement combien de lettres compte un mot quand je l’entends.»

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Les meilleures grilles? Celles qui jouent sur l’esprit, plutôt que sur l’érudition, pour mener les lecteurs sur de fausses pistes. Exemple: «Convertis, ils deviennent pieux». Réponse? Les clic-clac… «Je suis un menteur professionnel», sourit Jean Rossat. Qui a son fan-club, auquel il envoie trois fois par semaine des grilles sous forme de PDF.

Devinettes vaudoises

Pas toujours évident d’en vivre, d’autant que les mots fléchés, traditionnellement plus simples à résoudre, ont davantage la cote que leurs cousins. Mais l’expert persiste, et aspire aussi à redynamiser sa discipline. Notamment à travers un festival de mots croisés qu’il organise chaque année à Is-sur-Tille, près de Dijon, où des champions de tout âge s’affrontent sur des grilles géantes.

A défaut d’avoir pu donner l’édition 2020 pour cause de pandémie, Jean Rossat accompagnera les vacances estivales, et en mode local, des Helvètes. Son livre Ma Suisse en mots croisés (à paraître à la mi-août) décline le canton de Vaud en 26 grilles, chacune attachée à un lieu précis – du Musée olympique au Paléo Festival. «Marrant», lance-t-on. Et lui de répondre: «Marrant, ça fait sept lettres!»