Il a eu l'étincelle de génie, comme Archimède dans son bain, sauf qu'il est Suédois et se balade dans les rues de Verbier: c'est sous le coup d'une vision que Martin Engström a eu l'idée de son festival. On imagine les ricanements, le scepticisme, lorsque cet as du business musical a déclaré vouloir monter une tente sur l'alpe et y faire jouer les plus grands musiciens du monde. Aujourd'hui, on ne rit plus. On admire ou l'on déteste, tellement la recette est éprouvée.

Alors quoi? Martin Engström n'a-t-il pas gagné son pari? Les preuves sont là: la fidélité des musiciens; les retrouvailles entre le public et les stars qui ont fait de Verbier leur terrain de jeu; et surtout ce fourmillement de jeunes artistes qui s'affairent comme des abeilles dans un vaste atelier de rencontres. Car c'est une communauté qu'a fondée Martin Engström, une microsociété qui tranche avec les rituels guindés de la musique classique. Chaque été, on se réjouit de retrouver les mêmes vedettes, les mêmes têtes, la même chaleur, le même sentiment d'appartenir à une famille.

Voilà qui tranche avec les autres festivals. Lucerne a beau avoir la plus somptueuse affiche au monde, le public est endimanché, la magie s'estompe la journée. Montreux-Vevey renaît à peine de ses cendres. Sion-Valais (l'ex-festival Tibor Varga) cherche encore ses marques, reporte sa formule au mois d'août pour éviter la collision avec Verbier. Et Gstaad paraît bien loin. Nulle part ailleurs cette ruche bourdonnante. Avec ses répétitions publiques, ses 250 bénévoles, ses VTT et ses raclettes, Verbier crée un îlot de vacances. Et c'est de peur de tout gâcher qu'on renvoie la construction d'une salle aux calendes grecques.

Mais le plus spectaculaire, c'est l'UBS Verbier Festival Youth Orchestra. Véritable outil de promotion, ce vivier de talents représente la banque, bien entendu, mais aussi la Suisse dans le monde entier. On peut s'en offusquer, trouver inadmissible que l'art devienne l'instrument du business. Martin Engström n'a jamais caché ses méthodes. Il use de son charme opiniâtre, il fait dans le grand, le chic, l'international. Mais dans le tréfonds de son âme, il vibre pour les artistes en devenir, qu'il se plaît à épauler, à lancer sur les rails d'une carrière (plusieurs ont décroché des postes dans des orchestres internationaux). Il y a dix ans, Verbier était une station morte pendant l'été. Aujourd'hui, c'est la fête.

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