Le Verbier Festival, c'est un atelier à ciel ouvert. De 9 heures à minuit, concerts, répétitions, master classes, conférences se succèdent sans relâche. On peine parfois à suivre... Le festival a fait ses preuves, inutile de changer une recette éprouvée. Cette 15e édition renoue même avec les fidèles de la première heure, en 1994 (Maxim Vengerov, David Garrett, Mischa Maisky, etc.).

Comme chaque année, le directeur du festival a pris la parole, vendredi soir au concert d'ouverture. L'orchestre, dont l'avenir était incertain, aurait trouvé une solution pour pallier au désistement programmé d'UBS. «Notre orchestre sera soutenu par la commune de Bagnes, le canton du Valais et plusieurs fondations», a déclaré fièrement Martin Engström, très applaudi.

Trois temps forts ont émaillé ce premier week-end. D'abord le concert d'ouverture. Le chef estonien Paavo Järvi avait choisi Don Juan, poème symphonique de Richard Strauss, manière d'ouvrir le festival avec éclat tout en drillant les jeunes musiciens. D'abord un peu sec, l'UBS Verbier Festival Orchestra se détend peu à peu. Les vents suaves et moelleux, sur des cordes vaporeuses, rendent toute leur sensualité à la musique de Strauss. Quelques écarts de justesse aux violoncelles illustrent le chemin encore à parcourir. On craignait le Quatuor opus 25 de Brahms revu dans une transcription par Schönberg. Or l'orchestration si originale, avec cette marche dans l'«Andante» central qui fait planer l'ombre de Mahler (cuivres et percussion), captivent. L'orchestre - fort sollicité - éclate de mille feux dans le «Rondo alla Zingarese» final.

Lupu prône l'épure

Très attendu, Radu Lupu s'offrait le 24e Concerto en ut mineur de Mozart. Le pianiste roumain joue mezzo-piano et le premier mouvement en paraît émasculé. Mais peu à peu, on entre dans cette esthétique. On comprend que Lupu joue avant tout pour lui-même, qu'il doit composer avec une puissance aujourd'hui limitée. La main droite dessine des courbes d'une grâce indicible, et c'est dans le «Larghetto» que le maître affiche son immense musicalité. Touches qu'il caresse de la pulpe des doigts, dialogue à pas feutrés avec la petite harmonie: cette simplicité-là est la signature d'un grand. «Allegretto» final aux clairs-obscurs fantomatiques.

Ce week-end aura aussi été celui du violoncelle. Le pédagogue hongrois Miklós Perényi vendredi soir est l'anti-Mischa Maisky. Pas un geste de trop. Il joue les yeux mi-clos, le corps épousant son instrument, avec une justesse confondante dans la Sonate pour violoncelle seul de Kodály et la Suite pour violoncelle No 6 de Bach. L'étoile montante Alisa Weilerstein, elle, est d'un tout autre tempérament. Cette Américaine de 25 ans, qui donnait un récital au côté de Jonathan Gilad, joue avec punch et fougue. Sonorité dense, généreuse, mais elle en fait un peu trop. On retiendra l'«Adagio» de la Sonate opus 102 No2 de Beethoven et une Sonate de Britten envoûtante.

Verbier Festival, jusqu'au 3 août. http://www.verbierfestival.com