A mi-chemin de la 28e édition, le Verbier Festival est redevenu ce qu’il a toujours été: une bulle de stars et de jeunes talents venus du monde entier qui se retrouvent sur un périmètre très serré. En quelques jours, la galaxie de pianistes russes a défilé à Verbier, de Denis Matsuev à Mikhail Pletnev, en passant par Evgeny Kissin (superbe récital lundi soir), Nikolaï Lugansky et le jeune Abisal Gergiev.

Du côté des chefs d’orchestre, c’est aussi un festival de stars. Valery Gergiev a cédé sa place à Antonio Pappano, en attendant l’arrivée de Daniel Harding et de jeunes loups de la baguette (Lahav Shani et Klaus Mäkelä) la semaine prochaine. Du côté des cordes, c’est aussi un aréopage de grands noms et de stars montantes, parmi lesquelles Augustin Hadelich, en récital jeudi matin à l’église.

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Pureté du son

Hadelich se distingue par un archet d’une grande pureté de son. La grâce, la distinction, l’absence de manières en faveur d’un discours d’une grande transparence séduisent. Aussi a-t-on eu droit à une Sonate «Le Printemps» de Beethoven olympienne, à une Sonate de Janacek déchirante (le deuxième mouvement), à une Sonate de Ravel ductile et virtuose, le tout pimenté d’une dose de blues américain stylisé (Blue/s Forms de Coleridge-Taylor Perkinson). Excellent accompagnement de Charles Owen. Une Humoresque de Dvorak à l’archet seigneurial couronnait le récital.

La veille à la salle des Combins, la Néerlandaise Janine Jansen s’emparait du Concerto en sol mineur de Max Bruch. Cette sylphide a l’art de fouiller les nuances les plus infimes, au point que son violon était parfois à peine audible. Mais quelle imagination, quelle intériorité! Superbe mouvement lent, souple, élastique. A sa sensualité répondait un orchestre énergique, un peu «poussé» par Antonio Pappano cherchant à faire sonner le Verbier Festival Chamber Orchestra comme une formation symphonique. Le «Finale», lui, avait fière allure, animé d’une fougue aussi ardente que subtile.

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S’il est une œuvre ardue à mettre en place, c’est bien la Sérénade en ré majeur de Brahms, aux six mouvements accusant des longueurs. De toute évidence, l’orchestre de chambre n’avait pas suffisamment répété, d’où une lecture inaboutie. La deuxième lecture au cours de la même soirée fut meilleure.

Mardi soir, Nikolaï Lugansky a livré de splendides Etudes-Tableaux de Rachmaninov, après une Sonate Clair de Lune et une Sonate Opus 111 de Beethoven radiographiées avec science et une forme d’objectivité. Il a fallu attendre les dernières pages de l’Opus 111 pour être transporté dans un ailleurs. Le pianiste ouzbèque Bezod Abduraimov a brillé dans la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov, accompagné par le Junior Verbier Festival Orchestra constitué de jeunes musiciens de moins de vingt ans! Sous la baguette de l’Américain James Gaffigan, ces jeunes ont su trouver les couleurs et faire saillir les rythmes dans Roméo et Juliette de Prokofiev.

Enfin, on a vécu un concert de rêve avec le baryton Benjamin Appl, le pianiste James Baillieu, le jeune violoniste Johan Dalene, la violoncelliste Anastasia Kobekina et le Quatuor Esmé. Merveilleux assemblages de mélodies anglaises et allemandes jouées dans des configurations variées, du sombre Samuel Barber (Dover Beach) à la clarté de Morgen de Strauss (joué avec une partie de violon solo). Le baryton présente un timbre chaleureux, varie les inflexions, entre candeur et éclats dramatiques. Un programme cent pour cent «maison», loin des sentiers battus.


Verbier Festival, jusqu'au 1er août.