«Je crois que nous récoltons enfin les efforts consentis durant les cinq premières années.» A l'heure du bilan, Martin Engström, directeur général et fondateur du Verbier Festival & Academy, a de quoi pavoiser. Lors de cette sixième édition, qui s'est achevée dimanche soir après deux semaines de concerts, près de 20 000 billets ont été vendus. Ce qui représente une augmentation de la fréquentation de 25% par rapport à l'année dernière, et devrait permettre d'équilibrer les comptes. Verbier a le vent en poupe, et son directeur ne cache pas ses ambitions pour l'avenir.

Pourtant, tout avait bien mal commencé. Le festival a connu plusieurs désistements de dernière minute – notamment celui de la pianiste Martha Argerich – qui auraient pu sérieusement compromettre son succès. «Malgré ces annulations, le public est venu en masse, se félicite Martin Engström. Il n'y a pas eu une seule demande de remboursement pour le concert de samedi soir, où Martha Argerich a été remplacée par Arcadi Volodos. Au contraire, nous avons réussi à vendre les dernières places libres. Ce qui prouve que nous sommes parvenus à fidéliser le public. On vient à Verbier davantage pour la réputation du festival, pour son atmosphère, que pour les têtes d'affiche.»

Si, jusqu'à l'année dernière, le public du festival provenait en parts égales du Valais, de Vaud, de Genève et de l'étranger, la proportion de mélomanes venus d'ailleurs a très fortement augmenté. Pour la plus grande joie des hôteliers, restaurateurs et commerçants, qui n'ont jamais connu un tel afflux de touristes en été.

Un opéra en 2001

Consciente de l'effet bénéfique du festival sur l'économie locale, la commune vient d'acheter un terrain pour y bâtir la future salle de concert de Verbier. «Nous en sommes encore à la mise en route, mais c'est déjà un grand pas, souligne Martin Engström. L'exemple de la superbe nouvelle salle de Lucerne, qui attire du public pour elle-même autant que pour les musiciens qui s'y produisent, va nous guider et nous inspirer. Le rapport entre la salle et la nature doit rester homogène.»

L'autre grand projet, qui verra le jour dès l'année prochaine, c'est bien sûr la création d'un orchestre du festival composé de jeunes musiciens, qui partira en tournée une fois par an. «Le nom de Verbier et du festival va circuler dans le monde entier!» s'enthousiasme le directeur général. Mais Verbier ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Fidèle à sa tradition pluridisciplinaire, le festival va créer l'année prochaine une pièce de Wole Soyinka dans la mise en scène de Jonathan Miller. Lequel a eu l'idée de produire un… opéra pour l'édition 2001! Martin Engström tempère à peine son optimisme: «C'est un projet fou… Le seul problème, c'est la scène. Trouverons-nous un endroit adéquat pour ce genre de spectacle?»

L'an prochain, outre les chefs James Levine, Zubin Mehta ou Paavo Järvi, les solistes Kissin, Volodos, Shaham ou Kennedy ont déjà confirmé leur participation. Est-ce à dire qu'on prend les mêmes et qu'on recommence? «Ce sont tous des musiciens extraordinaires. Qui se plaindra de les entendre de nouveau à Verbier?» se défend Martin Engström. Son coup de cœur de l'édition 1999? «La Sixième symphonie de Mahler. Une œuvre très difficile à monter dans le cadre d'un festival. Nous envisageons de lancer un véritable cycle Mahler.»