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Charles Dutoit tourne aujourd’hui une page mémorable de son parcours, après avoir accompli un travail admirable avec les jeunes musiciens du Verbier Festival Orchestra. 
© Nicolas Brodard/Verbier Festival

Classique 

Au Verbier Festival, les mille vies du chef Charles Dutoit

Toujours aussi actif à 80 ans, le chef lausannois dirige ce soir le concert d’ouverture du Verbier Festival consacré à l’opéra «Salomé» de Strauss. Il clôt ainsi neuf années de direction musicale au Verbier Festival Orchestra, même s’il sera réinvité les prochains étés

Charles Dutoit a toujours été un globe-trotter, et il n’a pas baissé le tempo depuis ses 80 ans. Le chef lausannois partage sa vie entre l’Europe, l’Asie et les Etats-Unis, où il passe quatre mois par an à diriger les plus grands orchestres à Chicago, New York, Boston et Philadelphie. En 2009, Charles Dutoit succédait à James Levine pour reprendre la direction musicale du Verbier Festival Orchestra. Il a mené un superbe travail avec ces jeunes musiciens, et voilà qu’il dirige ce soir Salomé de Strauss, opéra aux sonorités vénéneuses d’après Wilde, pour clore son mandat de neuf ans à Verbier.

Né à Lausanne en 1936, fils spirituel d’Ernest Ansermet, qui lui permit d’assister aux répétitions de l’Orchestre de la Suisse romande, cet épicurien a mené une carrière impressionnante. Il fut pendant vingt-cinq ans directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Montréal, tout en occupant des postes à l’Orchestre National de France (1991-2001) et à l’Orchestre symphonique de la NHK de Tokyo. Il adore travailler avec les jeunes, auxquels il transmet sa flamme et sa vaste expérience. La musique française a toujours été sa carte de visite. Parmi les souvenirs mémorables à Verbier, il a dirigé un très beau Pelléas et Mélisande de Debussy (avec Magdalena Kozená et Stéphane Degout) ainsi qu’une Damnation de Faust pleine de couleurs. Rencontre.

Le Temps: Quels souvenirs gardez-vous de neuf années passées à Verbier?

Charles Dutoit: Nous avons fait tant de choses: La Damnation de Faust, la Turangalîla-Symphonie de Messiaen, Pelléas et Mélisande, Don Quichotte et la Symphonie alpestre de Strauss, la 1re Symphonie de Mahler – qu’ils ont très bien jouée d’ailleurs –, la Neuvième de Beethoven… Mais auparavant, j’avais déjà fait des tournées avec le Verbier Festival Orchestra. Nous avions joué en Chine, au Japon, à Singapour, à Bangkok, aux Etats-Unis et en Europe. Je me souviens même d’une tournée qui a commencé à Los Angeles et qui a terminé à Stockholm! Vous imaginez les déplacements!

A lire: Gstaad-Verbier: match amical entre directeurs

Le niveau du Verbier Festival Orchestra a-t-il beaucoup varié d’une année à l’autre?

Le festival a adopté une formule intelligente, parce qu’il garde 60% des membres de l’orchestre d’un été à l’autre, et seuls 40% sont des nouveaux. C’est donc une rotation partielle. Mais vous savez, la sélection est sévère! Il y a des musiciens de premier ordre qui se présentent aux auditions aux Etats-Unis, en Asie, en Europe, afin de pouvoir rentrer dans l’orchestre.

A quel point l’orchestre des jeunes est-il préparé quand vous arrivez à Verbier?

Ils sont préparés individuellement, section par section, avec des coaches de l’Orchestre du Metropolitan Opera de New York, mais ils n’ont pas vraiment d’expérience d’ensemble. C’est pour cette raison que j’ai demandé une journée de répétition de plus pour Salomé de Strauss qui est une œuvre assez complexe techniquement.

Quel souvenir gardez-vous du concert d’inauguration de la nouvelle Salle des Combins en 2010?

Il pleuvait affreusement. J’accompagnais Yuja Wang dans le 2e Concerto pour piano de Prokofiev et on avait dû s’arrêter, parce que paraît-il, on n’entendait plus rien dans la salle. C’est la seule fois où j’ai eu vraiment des problèmes. J’en garde un souvenir assez rigolo, parce que la petite Yuja avait choisi de reprendre tout le concerto, avec la cadence démentielle dans le premier mouvement.

Quelle est l’alchimie d’un orchestre?

Un orchestre, ce n’est pas seulement le niveau individuel. C’est surtout «l’école d’orchestre» par rapport au style de la musique que l’on joue. C’est ce que j’essaie d’inculquer en quelques jours aux jeunes du Verbier Festival Orchestra. Quand vous avez un premier hautbois qui est formidable, il le sera toujours, mais dans les cordes, il faut amalgamer les musiciens parce qu’ils viennent d’un peu partout. Je me sens toujours très concerné par cette question du style et du son.

Vous trouvez qu’on a perdu la spécificité des orchestres?

Auparavant, les orchestres avaient beaucoup plus de personnalité individuelle. Aujourd’hui, tout le monde essaie de trouver un style commun. C’est dû au son qui a été internationalisé par le disque et aux multiples origines des musiciens appelés à travailler ensemble. Beaucoup de styles ont été annexés et en souffrent, comme la musique française, celle de Debussy et de Ravel en particulier, qui a été composée pour des sonorités différentes de ce que l’on entend le plus souvent. Heureusement, il y a encore des exceptions, comme avec l’Orchestre philharmonique de Saint-Pétersbourg. Quand ils m’invitent – ce sont des grands amis – et que je dirige leur propre musique, ils ont un style unique et ils se mouillent!

Vous dirigez encore de l’opéra?

Je viens de faire Pelléas et Mélisande à l’Opéra de Sydney. La presse a été très élogieuse, mais ça reste un succès de connaisseurs, parce qu’il y a toujours des gens qui s’en vont avant la fin de l’œuvre. Aujourd’hui, je dirige des opéras en version de concert, parce que je n’ai pas le temps de les faire en scène et je ne suis plus du tout intéressé par les metteurs en scène. Tenez: j’ai vu une production de Pelléas et Mélisande avec des gens carrément en jeans! Je suis peut-être un peu vieux jeu, mais Pelléas est une œuvre complètement moyenâgeuse: on se perd dans le temps, dans un pays qu’on ne connaît pas. Je ne vois pas l’intérêt de voir ça avec des gens en jeans et mal rasés.

Vous voyagez toujours autant?

Après Verbier, j’irai à Tanglewood aux Etats-Unis où j’aurai trois programmes avec l’Orchestre symphonique de Boston. Ensuite, je partirai en tournée européenne avec le Royal Philharmonic Orchestra de Londres. Nous ferons d’ailleurs un minifestival Ravel pour célébrer les 80 ans de sa mort au Septembre musical de Montreux. A ce propos, je participerai aussi à un événement l’an prochain pour commémorer l'unique voyage de Ravel en 1928 aux Etats-Unis. Il a dirigé plusieurs orchestres américains lors de son séjour, et on va reconstituer ce périple avec les mêmes formations, dont le Boston Symphony Orchestra, le Cleveland Orchestra, l’Orchestre symphonique de Chicago et celui de San Francisco. Ça va être génial!

Charles Dutoit et le Verbier Festival Orchestra, «Salomé» de Strauss, le vendredi 21 juillet, à 19h à la Salle des Combins. 

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