«On ne renonce pas au festival!» A trois reprises, le directeur fondateur du Verbier Festival assène cette réponse sans équivoque aux questions des journalistes sur une possibilité d’annulation de dernière minute de la prochaine édition. Martin Engstroem résiste vaillamment à la tempête covidienne.

Pas de suspension envisagée donc: «C’est une question de survie financière. Les communes, amis, sponsors et mécènes ne suffiront pas à retrouver le niveau de 2019, après l’annulation de 2020 et ses propositions virtuelles de rétrospective et d’archives notamment. Le rendez-vous sera maintenu coûte que coûte, dans une formulation arrangée pour s’adapter à toutes les situations.»

Une diffusion exclusivement en ligne en cas d’impossibilité? «Nous sommes déjà le festival qui diffuse le plus sur le web depuis des années par le biais de Medici TV. Nous n’envisageons pas de développer encore cette pratique qui touche chaque année 1 million et demi de spectateurs dans le monde, explique Martin Engstroem. La RTS enregistrera peut-être deux soirées supplémentaires.» En ce qui concerne le fonds d’urgence destiné aux anciens élèves et aux équipes techniques, les 850 000 francs récoltés ont été distribués à 300 alumni ainsi qu’aux techniciens dans le besoin.

Jauge réduite

Les changements se situent au niveau de l’organisation. Comme annoncé dans Le Temps en novembre dernier, la durée des 73 concerts prévus sera de 70 minutes seulement, sans entracte, à part les trois opéras annoncés – Fanciulla del West, La Bohème et le deuxième acte de Tristan et Iseult. Cette formule allégée et plus mobile, avec sa répartition entre la salle des Combins et l’église en jauge réduite, permettra d’assister à deux concerts par jour: un à 18h et un autre à 20h15.

Interview de Martin Engstroem: «L’été prochain, il y aura un festival de Verbier comme avant»

La question sanitaire est évidemment primordiale. Tout est étudié, du dépistage des musiciens, candidats à l’académie ou solistes au suivi des spectateurs par des «Anges covid» bénévoles qui contrôleront que toutes les mesures de distanciation, port du masque ou utilisation du gel seront scrupuleusement respectées. La ventilation des salles sera revue et la disposition du public minutieusement organisée. Les systèmes de réservation, remboursement en cas de positivité ou maladie avérée et autres possibilité de se rendre au bar ou restaurant en cas d’autorisation sont aussi à l’étude.

«Les maîtres mots de cette époque particulière sont l’adaptation et la flexibilité, car tout peut changer d’un jour à l’autre, explique Câline Yamakawa, la directrice des opérations. Nous devons rester optimistes, car en juillet la situation vaccinale sera probablement plus largement développée et la circulation du virus devrait diminuer, du moins nous l’espérons. D’autre part, le public classique est calme, reste assis et est très respectueux des contraintes sanitaires.»

Respecter l’ADN

Sur le plan de la programmation, on retrouvera l’esprit de famille et les fidèles compagnons de route du festival, avec des affiches toujours aussi prestigieuses. «Pour conserver le niveau de billetterie, indispensable à notre équilibre, nous n’avons guère d’autre choix, explique Martin Engstroem. Les habitués et ceux qui ont envie de découvrir Verbier seraient moins attirés par des concerts plus économes en musique de chambre ou en artistes moins connus. C’est un risque calculé que nous prenons, en réponse à l’ADN du festival.»

Qui retrouvera-t-on sur les scènes? Gergiev, Kissin, Schiff, Babayan, Takacs-Nagy, Maïsky, Bell, Pappano, Harding, Pletnev et tant d’autres seront de retour. Mais il y aura aussi des nouveaux comme Augustin Dumay, Maria Joao-Pires, Michael Barenboim, Olga Peretyatko, Mao Fujita, Abisal Gergiev ou Nobuyuki Tsujii. A noter aussi que le chef James Gaffigan interviendra lui aussi pour la première fois devant l’orchestre junior.

Une pléiade de rencontres, master class et autres rendez-vous formateurs seront enrichis d’une nouveauté: avec les cours d’instruments, direction ou chant, la programmation de concerts s’ajoutera aux disciplines enseignées. Sur les hauteurs bagnardes, l’espoir, l’optimisme et l’énergie restent de mise.


Verbier Festival, du 16 juillet au 1er août.