Parution

Verbier immortalise son quart de siècle sur papier

Un imposant livre de photographies, dont les textes sont signés par notre collaborateur Julian Sykes, vient de sortir en librairie. Tour de pages et commentaires de l’auteur

Il pèse son poids. Deux kilos et demi, pour être précis. Le livre célébratif du quart de siècle du festival de Verbier en impose. Ces 25 ans au sommet, tout chauds sortis en librairie sous l’égide des Editions Noir sur Blanc, donnent le ton en couleur. Sur la couverture, l’embrassade de deux musiciens signale l’émotion, le partage et la jeunesse. La trinité du festival de Verbier.

Défilé extraordinaire d’artistes prestigieux

On comprend, en feuilletant ces 400 pages riches en images et en textes, l’importance du geste éditorial. C’est que l’incroyable aventure de Verbier a généré pendant vingt-cinq étés un défilé extraordinaire d’artistes prestigieux, sous tente, dans les rues, l’église et les différents lieux de répétitions ou de concerts du village montagnard.

Grâce à la renommée du festival, une pléiade de jeunes musiciens, accueillis dans les master classes de grands maîtres ou en travail orchestral et instrumental, a accédé à des scènes, orchestres ou postes internationaux d’importance. Enfin, le public fidèle et nombreux, les hôtes généreux et les commerçants impliqués ont fini par composer une véritable communauté fédérée par des événements innombrables.

Foi inébranlable

Cette incroyable histoire, née en 1994 du désir fou de Martin T: son Engstroem, n’aurait pu atteindre ce «sommet» sans une foi inébranlable et un destin marqué dès l’enfance par la fascination des grands musiciens. Avec ce livre découpé en dix chapitres ciblés, l’histoire se décline d’abord en images. Chacune, légendée par le fondateur et directeur, illustre l’épopée à la manière d’un album de souvenirs composé par des photographes fidèles de Verbier.

Comment accompagner ces instantanés visuels sans que les textes semblent redondants, concurrents ou trop basiquement explicatifs? En faisant appel à une plume tout aussi fidèle: celle de Julian Sykes. Notre collaborateur entretient avec Verbier un lien puissant qui remonte à l’enfance. Ses parents possédaient à l’époque un modeste appartement. Le journaliste musical y pratiquait alors le ski pendant les dimanches et les vacances d’hiver, et y passait tous ses Noëls en famille. En été, l’adolescent revenait y marcher. Le festival est ainsi entré naturellement dans sa vie.

Le Temps: Entre vous et Verbier, c’est quasiment l’histoire d’une vie. Le festival vous a mis le pied à l’étrier en quelque sorte…

Julian Sykes: Tout à fait. Je venais à Verbier à l’âge de 7 ans déjà. En 1995, après mes études de musicologie à Londres, j’ai travaillé bénévolement pour le service de presse du festival, où j’organisais les interviews pour les journalistes et aidais à la revue de presse quotidienne. L’année suivante, Le Nouveau Quotidien cherchait un critique musical. J’ai débuté en juin, pour couvrir… le festival de Verbier! Je me souviens très bien de mon premier grand papier. C’était une interview d’un jeune violoniste de 25 ans: Gil Shaham.

Vous êtes donc un peu la mémoire des lieux… Est-ce pour cette raison que Martin Engstroem a fait appel à vous pour ce livre?

C’est sans aucun doute un élément fondateur. Nous nous connaissons et nous pratiquons depuis longtemps et il sait que je fréquente la manifestation depuis la deuxième édition.

Comment le projet de ce livre s’est-il concrétisé?

Comme tout ce que fait Martin Engstroem. Dans un mouvement inébranlable. Une envie, une idée, puis des gens pour les réaliser. Il voulait célébrer les 25 ans avec une parution. Dès que l’éditeur a été défini, les choses se sont mises en place avec une seule contrainte de Vera Michalski: ne pas avancer chronologiquement mais plutôt en flash-back, avec comme point de départ l’année anniversaire du quart de siècle. J’ai de mon côté organisé les sujets en chapitres et périodes. Michèle Larivière s’est consacrée à l’aspect plus territorial et humain et Philippe Loup a organisé avec art toute la partie iconographique.

La section réservée à Martin Engstroem est particulièrement touchante…

Oui, parce qu’on y découvre l’histoire personnelle d’un homme prédestiné dès son plus jeune âge à l’univers des grands noms de la musique. On connaît le professionnel, salué pour sa détermination, sa force de caractère, son réseau et son savoir-faire. On apprécie l’être bienveillant, affable, cultivé et soucieux des autres. Martin Engstroem considère ses interlocuteurs comme des personnes de la famille dès qu’il les estime. Et il voue une véritable affection aux jeunes. Mais tout ce qui concerne son enfance, entourée d’artistes de haut vol, et son incroyable parcours professionnel entamé dès l’adolescence, reste pudiquement de côté. Avoir pu bénéficier de la confiance de cet homme charismatique, et être autorisé à entrer dans son univers privé, est un privilège.

Quels grands souvenirs vous ont marqué en vingt-cinq ans de Verbier?

Tant de concerts, d’événements et de rencontres! Difficile de faire un choix… Martha Argerich en quatuor avec Mischa Maisky, Vadim Repin et Yuri Baschmet? Kurt Masur, James Levine, les jeunes Paavo Järvi ou Jonathan Gilad ou tant d’autres? La liste est immense et les souvenirs se bousculent dans ma tête…

Qu’est-ce qui vous attache à la manifestation valaisanne?

Avant tout son esprit de famille et son sens de l’accueil. Son immersion musicale du matin au soir. Et aussi la possibilité d’approcher de tout près des artistes censés être inabordables, en découvrant comment la musique se fait de l’intérieur. L’ambiance détendue de ces jeunes qui se défoncent au travail fait du bien à l’univers classique qui manque cruellement d’occasion de se débrider. Les soirées interminables aussi, avec des parties d’échecs ou de billards entre musiciens célèbres ou pas, dans un partage de moments amicaux sans barrières. Pour avoir connu les débuts improvisés, créatifs, artisanaux voire expérimentaux d’un Verbier évoluant entre théâtre, danse, jazz, classique, jeunes, aînés, stars et inconnus, je conserve de son histoire une image très vibrante. Avec le temps, une certaine nostalgie s’est peut-être invitée. Mais la magie opère toujours.


Verbier, 25 ans au sommet, Editions Noir sur Blanc, 400 pages, 69 fr.

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