Vadim Repin a changé. Il n'est plus le violoniste distant, emmitouflé dans les rêves qu'il était. Il a pris de la carrure. Ses épaules, sa sonorité se sont élargies. Il a abandonné sa carapace de Sibérien pour arborer une mine rayonnante. Il fume des cigares et sillonne la planète accompagné d'une femme. Le voici à Verbier, où il jouera dimanche le Deuxième Concerto de Paganini, dont le dernier mouvement est entièrement bâti sur le fameux thème baptisé La Campanella. Un avant-goût de la tournée de concerts prévue en octobre, lorsque Paavo Järvi emmènera l'UBS Verbier Festival Youth Orchestra dans les plus prestigieuses salles d'Europe, afin de se frotter au métier de musicien d'orchestre sur le tas.

Vadim Repin est donc un homme heureux. Il vient de passer quelques jours à Sion pour enregistrer la Sonate de Richard Strauss avec le pianiste Boris Berezovsky, et Verbier

représente le havre de paix où,

à l'abri des tournées, il peut partager sa soif inextinguible de musique de chambre en compagnie des plus grands. La journée, il répète. Puis il court à l'hôtel, troque son archet pour une raquette et se précipite sur le sable chaud. Vadim Repin aime la terre battue. Il frappe dur dans des balles de tennis afin de libérer son agressivité. D'où cette force tranquille qu'il dégage sur la scène et ce soupçon de nonchalance qui fait tout son charme. Rencontre.

Le Temps: Vadim Repin, quel est le secret d'un musicien de chambre?

Vadim Repin: La flexibilité. Il faut savoir s'adapter à toute personnalité dans un ensemble, ne pas vouloir tirer la couverture à soi. Aujourd'hui, la plupart des musiciens ont acquis une grande science technique: seules une sensibilité personnelle et une capacité à créer une atmosphère envoûtante peuvent faire la différence. Prenons James Levine: quand il dirige, il me laisse une grande part de liberté, mais il lui arrive aussi de prendre l'initiative. Parfois, je me sens bercé par une vague maritime. L'influence s'exerce de part et d'autre, et c'est cet échange et ce respect mutuel que j'ai retrouvés lorsque nous avons joué le Quintette avec piano de Schumann.

– Mais n'êtes-vous pas en concurrence entre vedettes de haut niveau?

– Pas du tout, au contraire: on répète une fois la pièce en entier, puis chacun donne ses impressions. Le secret consiste à définir quel musicien mène, comment il incarne la voix principale à telle section d'une œuvre. Je ne peux qu'être heureux d'accompagner Lynn Harrell lorsqu'il énonce un thème avec tant de noblesse et de naturel.

– Avez-vous un idéal sonore?

– Le son est quelque chose qui se passe dans l'oreille, que vous entendez en vous-même. Si vous n'avez pas l'idée de ce que vous voulez produire, comment voulez-vous obtenir une belle sonorité? Un grand violoniste est celui capable de restituer une sonorité unique, inimitable, alors qu'il joue sur divers instruments. C'est aussi un art délicat de faire sonner une œuvre comme une pièce d'un seul bloc. Quand on commence un morceau, il faut pouvoir entendre la dernière note dans sa tête, car seulement ainsi, la pensée devient organique.

– Vous êtes l'élève d'un des plus grands pédagogues de la Russie. Il a aussi enseigné le violon à Maxim Vengerov…

– Zakhar Bron est un musicien qui se dévoue entièrement à ses élèves. Il les accompagne en tournée, il organise des concerts dès leur enfance. Zakhar Bron a compris que sans la scène, un enfant ne peut pas être motivé pour étudier le violon cinq heures par jour. Il est un peu comme une «crazy mama».

– Comment Zakhar Bron est-il entré dans votre vie?

– A 5 ans, je prenais des cours de violon à l'école primaire. Mon premier concert a eu lieu sept mois plus tard. Zakhar Bron m'a entendu au moment où j'ai gagné une petite compétition entre élèves des écoles de Novossibirsk. Un an plus tard, il m'a pris sous son aile. Nous avons été très proches, nous avons voyagé ensemble pendant les tournées. Il m'a donné ce goût pour les concerts qui ne m'a jamais quitté depuis: cette sensation de l'adrénaline qui coule dans les veines, du public qui se tait au point de pouvoir entendre une mouche voler dans la salle.

VIIe Verbier Festival & Academy. Vadim Repin joue lors du dernier concert du festival, ce dimanche à 19h., à la Salle Médran. Loc. 027/771 82 82.