Verbier dans un bain de musique orageux

Classique Le festival a débuté avec succès ce week-end, malgré une météo capricieuse

La musique, bien sûr. Et puis la pluie. L’été dernier déjà, le Verbier Festival avait affronté un mois de juillet maussade. En ce premier week-end d’ouverture, les artistes ont dû composer avec une météo capricieuse. L’orage a atteint des sommets d’intensité samedi soir sous la tente de concerts. Le chef Gábor Tackács-Nagy a dû interrompre à deux reprises les œuvres qu’il dirigeait dans l’attente d’accalmies. Il fallait le voir faire des gestes de prière et lever les yeux au ciel pour espérer qu’une main divine fasse barrage à la pluie!

Que faire? Le Verbier Festival ne peut se permettre de s’offrir une salle en dur. Les coûts de construction seraient astronomiques, et il serait difficile d’exploiter une telle salle en dehors de la période du festival (sinon en hiver). Certains mélomanes hasardaient des solutions à l’issue du concert samedi soir, proposant par exemple que ceux-ci débutent à 21 heures plutôt qu’à 19 heures, puisque les orages ont souvent lieu en fin de journée. Mais rien n’est plus aléatoire que la météo.

Vendredi au concert d’ouverture, le festival est passé entre les gouttes. Ce fut un bonheur de voir Esa-Pekka Salonen diriger le Verbier Festival Orchestra. Le chef finlandais s’est acquitté de la lourde tâche de remplacer James Levine, souffrant. Dès les premières notes de Till l’Espiègle, le courant a circulé avec les musiciens. Il faut beaucoup de science et d’esprit pour diriger une partition si fragmentaire dans l’enchaînement des épisodes. Malgré quelques flottements, les jeunes musiciens du Verbier Festival Orchestra ont su traduire l’humour léger et grinçant de Strauss. Esa-Pekka Salonen n’appuie jamais les effets. Son geste à la fois souple et énergique permet de relancer le discours sans rupture dans la continuité des idées musicales.

Joyce DiDonato a enchaîné avec Les Nuits d’été, de Berlioz. Et ce fut une grande leçon de chant, quand bien même sa diction en français laisse à désirer. On passe par-dessus ces imperfections pour savourer une voix d’une beauté renversante. Tour à tour aérienne, fragile et sombre, elle module entre des pianissimi suspendus et des accents plus impériaux. Elle colore sa voix de manière sombre dans «Le Spectre de la rose» et «Sur les lagunes». L’accompagnement d’Esa-Pekka Salonen est subtil et diaphane, épousant les courbes d’intensité de la mezzo-soprano américaine.

En seconde partie, le chef imprimait un souffle large à la Symphonie «Rhénane» de Schumann. Il développe une ambiance plus chambriste dans le troisième mouvement («Nicht schnell»), qu’il dirige à mains nues, sans baguette. Il enchaîne admirablement le quatrième mouvement – au caractère de procession – au finale plein d’entrain.

Rafales de pluie

Le lendemain soir, Gábor Tackács-Nagy et les musiciens du Verbier Festival Chamber Orchestra ont donc affronté l’orage. Après les deux premiers mouvements de la Symphonie «La Surprise» de Haydn, le chef hongrois s’interrompt… pour reprendre toute la symphonie un bon quart d’heure plus tard! En dépit des intempéries, on apprécie une interprétation très stylée, aux phrasés dynamiques et légers, aux nuances fouillées, avec un finale diablement vif.

Le pianiste hongrois András Schiff entre alors en scène pour le 3e Concerto de Bartók. Lui aussi doit faire face à la pluie qui redouble d’intensité! C’est d’autant plus dommage qu’András Schiff est un merveilleux musicien. Il joue avec une grande transparence, et son cantabile fait merveille dans les épisodes lyriques (du moins pour ce qu’on en a entendu…). Il joue en bis la Bagatelle Opus 126 No 4 de Beethoven, une pièce colérique comme pour braver le ciel.

Par bonheur, la Symphonie «Pastorale» de Beethoven a bénéficié d’une accalmie durable malgré un départ perturbé. Le soyeux des cordes, la délicatesse des phrasés dans le deuxième mouvement, la puissance de «l’Orage» (mais sans fond sonore puisqu’il ne pleuvait enfin plus!) sont remarquables. La gestique très théâtrale de Gábor Tackács-Nagy semble excessive par moments, mais l’important est le résultat musical.

Parmi les autres concerts du week-end, le Quatuor Pavel Haas a enchanté le public dimanche matin à l’Eglise. Il fallait entendre la sonorité lumineuse et chaude du premier violon, Veronika Jeruskova, dans les Quatre Miniatures pour deux violons et alto de Dvorák. Le guitariste grec Milos Karadaglic rejoignait l’ensemble tchèque dans le Quintette «Fandango» de Boccherini. Une interprétation pleine de fougue, couronnée par le Quatuor «Américain» de Dvorák, joué avec une grande variété de couleurs et d’inflexions. Superbe.