Verbier Festival

A Verbier, un concert de gala festif et fraternel

Pour les 25 ans du Verbier Festival, le directeur Martin Engstroem est parvenu à réunir des superstars du monde entier. Récit depuis les coulisses de la Salle des Combins

Ils sont tous là, les yeux rivés sur un grand écran. Ils forment un demi-cercle, les uns debout, les autres assis sur des chaises. C’était mercredi soir, dans les coulisses du Verbier Festival. Le directeur Martin Engstroem a œuvré comme un fou pour cette soirée. Depuis trois ans, déjà, il a réservé les plus grands artistes de la musique classique – une trentaine – afin que tous puissent être disponibles le même soir, dans le même lieu, en vue du concert de gala célébrant les 25 ans du festival.

Superstars solidaires

Vision surréaliste? Sur scène, les artistes défilent par groupes – en duo, trio, plus nombreux – tout au long de la soirée. Dans le backstage de la Salle des Combins, le concert est retransmis sur un écran géant. Le périmètre est petit; les musiciens se tiennent près les uns des autres. Debout, Valery Gergiev scrute l’écran avec attention. A ses côtés, Leonidas Kavakos est assis sur une chaise et blague avec Yuja Wang. Il y a aussi Vadim Repin, Renaud Capuçon, Pinchas Zukerman, Vilde Frang, András Schiff, Daniil Trifonov, Sergey Babayan, Tabea Zimmermann, Gérard Caussé, Nobuko Imai, Mischa Maisky, Edgar Moreau, Thomas Quasthoff. Seul Mikhail Pletnev – resté à l’écart dans une loge – répète et fait bouger ses doigts sur un piano silencieux pour exercer les positions.

Une ambiance joyeuse

On imagine ces superstars en rivalité les unes contre les autres. Pas du tout: ce soir-là, elles se serrent les coudes; elles sont comme une confrérie, bienveillantes à l’égard des unes et des autres. Le concert de gala est orchestré en trois volets avec, pour commencer, le 3e Concerto brandebourgeois de Bach. Leonidas Kavakos, Maxim Vengerov, Vadim Repin, Pinchas Zukerman et consorts en livrent une interprétation… énergique! La Fantaisie de Navarra qui suit, un pot-pourri de pièces de Pablo de Sarasate pour grand ensemble à cordes confectionné par Dmitry Sitkovetsky, est jouée de manière assez approximative. Disons-le, l’enjeu n’est pas là: c’est surtout l’orchestre de «super-solistes» qui fait le caractère unique de l’événement, et tant pis si les harmoniques et notes dans l’aigu (l’arrangement lui-même semble très difficile) sont imprécises.

Instant de grâce

Le volet consacré au piano est le plus réussi. Le public savoure l’instant de grâce entre Daniil Trifonov et son mentor Sergey Babayan dans la Barcarolle de la Suite N° 1 pour deux pianos de Rachmaninov. Rodion Chtechdrine, Evgeny Kissin et Danill Trifonov partagent le clavier dans une Romance pour six mains de Rachmaninov! Le doyen du piano Richard Goode et le jeune Sud-Coréen Seong-Jin Cho, suivis de l’exubérante Yuja Wang et du plus humble András Schiff, parviennent à «faire de la musique». La célèbre «Ouverture» de Guillaume Tell de Rossini, livrée dans une transcription à quatre pianos, huit pianistes et seize mains (par Kissin, Trifonov, Schiff, Pletnev, etc.), frôle le gimmick. Mais c’est extraordinaire d’avoir réuni tant de grands pianistes sur scène!

En troisième partie, le chef hongrois Gábor Takács-Nagy et le Verbier Festival Chamber Orchestra font pétiller la Polka opus 332 de Johann Strauss junior. L’Ave Verum de Mozart et l’Hallelujah du Messie de Händel, tous deux servis par le RIAS Kammerchor de Berlin, sont un enchantement. Valery Gergiev dirige l’«Ouverture» de La Chauve-souris à la tête de l’Orchestre de chambre renforcé par les stars du violon, de l’alto et du violoncelle entendus en première partie.

On l’aura compris: c’est la fête qui a dominé en ce concert de gala, de 18 heures à 22 heures. Ultime surprise: toutes les stars de la soirée chantent – en onomatopées! – l’«Ouverture» de Guillaume Tell dans un joyeux désordre sous la conduite de Gergiev. On a ici la quintessence d’une soirée de festival classique tournant le dos à la convention et ne se prenant pas au sérieux. Il ne restait plus qu’à sabler le champagne dans les coulisses!


 Jusqu’au 5 août. www.verbierfestival.com

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